De l’union hypostatique – Turretin (13.6)
5 octobre 2026

Le Fils de Dieu a-t-il assumé la nature humaine dans l’unité de sa personne ? Nous l’affirmons contre les Sociniens.

La doctrine de l’union hypostatique ou l’unité des deux natures divines et humaines dans la seule personne de Jésus-Christ est une des plus difficiles qui soient dans la religion chrétienne. Dans le Locus 3, on a défendu la divinité de Jésus-Christ. Nous avons aussi défendu l’humanité de Jésus-Christ, à la question précédente. Mais est-ce que les deux sont unis dans une seule personne ? C’est le sujet de cette question.

Quand nous parlons d’union des natures, nous ne parlons pas d’une union physique comme une sorte de soudure entre deux substances matérielles différentes. Nous ne parlons pas non plus d’une union relative comme un syndicat ou une association. Nous ne parlons pas non plus d’une union dite parastatique, comme un ange qui assume un corps, ni d’une union efficace où un corps est animé par autre chose, mais pas par lui-même. Il ne s’agit pas de l’union mystique entre les croyants et Dieu à travers le Christ. Et il ne s’agit pas de l’union substantielle de la Trinité.

En fait, la question concerne l’union hypostatique par l’assomption de la nature humaine dans l’unité de la personne du Logos. On l’appelle ainsi à la fois à cause de la forme, parce que c’est la personne du Logos, et à cause du terme, parce qu’elle termine sur la personne. Ainsi, l’union est personnelle, mais elle n’est pas une union de personnes, elle est l’union de natures, mais elle n’est pas naturelle. […] Par cette union donc, rien d’autre n’est désigné que la conjonction intime et perpétuelle de deux natures, divine et humaine, dans l’unité de la personne. Par celle-ci, la nature humaine, qui n’a pas de personnalité propre et était sans subsistance, parce que sinon elle aurait eu une personne, a été assumée par la personne du Logos, et elle est […] adjointe dans l’unité de la personne, si bien qu’elle est consubstantielle avec le Logos, car elle est soutenue par lui, non par une soutenance générale par laquelle toutes les créatures sont soutenues par Dieu, mais par une soutenance spéciale et personnelle, en ce qu’elle est unie en une seule personne avec la Parole.

Il ne faut pas comprendre que la nature de Jésus est composite, comme s’il était un divino-humain. Chaque nature est intègre en lui. Je vous renvoie à notre commentaire de Thomas d’Aquin qui aborde la même question avec un remarquable accord avec Turretin.

Formulation de la question (§10)

La question est donc la suivante. Était-ce une vraie incarnation ? C’est-à-dire, est-ce que le Fils de Dieu, la seconde personne de la Sainte Trinité, a joint à lui-même dans l’unité de la personne, non une personne, mais une nature humaine, non par conversion ou transmutation, mais par assomption et sustentation, de telle sorte que le Fils de Dieu a été fait fils de l’homme, et notre médiateur, et qu’il est vraiment le Dieu-homme. Les Sociniens le nient. Ils enseignent qu’en Christ, il n’y avait qu’une nature, que la nature humaine n’est pas seulement la véritable, mais qu’elle était aussi toute simple et sans ajout, dont la seule prérogative, par conséquent, était dans l’excellence de ses attributs et de son office, mais pas dans sa nature. Ce que contre eux nous affirmons.

Argumentation (§§11-17)

Premier argument : il est écrit en Jean 1.14, « la Parole a été faite chair ». On notera que le terme « Parole » fait ici référence à une personne divine existant au préalable et que « chair » représente en fait toute la nature humaine. On notera aussi qu’il n’est pas question de transformation, mais d’une assomption : il a été fait chair, il ne s’est pas transformé en chair.

Deuxième argument : nous lisons en Philippiens 2, versets 6 et 7 :

lui qui est de condition divine, il n’a pas regardé son égalité avec Dieu
comme un butin à préserver, mais il s’est dépouillé lui-même en prenant une condition de serviteur, en devenant semblable aux êtres humains.

  • Les deux natures distinctes sont mentionnées ici.
  • Et elles s’appliquent chacune à une seule personne.

Troisième argument : nous lisons en 1 Timothée 3.16 : « Dieu a été manifesté en chair ». À nouveau, on mentionne chaque nature distincte tout en étant unie dans une seule personne. Ce n’est pas que Dieu ait cessé d’exister puis qu’il a existé en chair, c’est que le même Dieu a continué d’exister sous la forme humaine, l’unité se faisant à travers la personne.

Quatrième argument : il est écrit en Romains 1, versets 3 et 4 :

Touchant son Fils, qui est né de la famille de David, selon la chair ; et qui a été pleinement déclaré Fils de Dieu en puissance, selon l’esprit de sanctification par sa résurrection d’entre les morts, c’est-à-dire, notre Seigneur Jésus-Christ.

À nouveau, on voit chaque nature mentionnée de façon distincte, chacune selon sa limite ou son absence de limite. Et chacune est unie dans une seule personne, notre Seigneur Jésus-Christ.

Réponses aux objections (§§18-26)

Contre cela, les Sociniens ont bien sûr développé certaines exégèses que Turretin réfute avec beaucoup de précision, mais je crains que les précisions apportées par Turretin ne soient pas très parlantes à notre époque et que les arguments apportés par les Sociniens ne donnent des munitions à nos adversaires. Considérant que les adeptes de scolastique pourront lire directement Turretin dans le texte, je m’arrête là.

Étienne Omnès

Mari, père, appartient à Christ. Les marques de mon salut sont ma confession de foi et les sacrements que je reçois.

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