Quel lien entre la justification, les œuvres, et le salut ? (2/7)
13 avril 2020

Cet article est la deuxième partie d’une série sur le lien entre la justification, les œuvres, et le salut. Cette deuxième partie est une traduction d’un article de Mark Jones publié sur son blog Calvinist International.
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Évaluation des critiques de Piper — l’amour espère toutes choses.

Où est l’amour ?

Charité

Le média The Aquila Report et le professeur R. Scott Clark1 poursuivent leur attaque contre un ennemi qui n’existe pas vraiment.

La chose la plus déprimante à propos des divers articles qui sont censés défendre la doctrine de la justification est le manque apparent d’amour et de charité envers des hommes comme John Piper. L’amour « croit tout, espère tout ». En d’autres termes, si il est possible de lire Piper d’une manière charitable et de comprendre qu’il dit la même chose que ceux de la tradition réformée, alors pourquoi ne pas essayer de le faire ? Pourquoi essayons-nous de lui faire dire les pires choses possibles ?

Réponse : Parce qu’il dit quelque chose de différent.

Bien sûr. Mais est-ce que ces propos diffèrent par rapport à ceux des critiques et de la tradition réformée ou simplement par rapport à ceux des critiques ? Nous avons soutenu qu’il s’agit de ce dernier cas2. À notre connaissance, personne n’a prouvé que les auteurs réformés cités et Piper disent autre chose que lui. Si quelqu’un veut examiner attentivement, en latin, la formulation de Twisse, et dire ensuite qu’il dit quelque chose de totalement différent de Piper, nous sommes tout ouïes. Si quelqu’un peut lire les œuvres d’Owen, Goodwin, Twisse, Zanchius, etc. et prouver la différence entre Piper et ces illustres divins, qu’il nous les montre. Cela ne s’est tout simplement pas encore produit, d’après ce que nous savons.

Dans notre propre lecture de Piper, il est clair pour nous :

  • qu’il croit que la justification est un acte unique ;
  • qu’elle ne peut jamais être révoquée ;
  • que Dieu nous justifiera le dernier jour publiquement en se basant sur les mêmes motifs pour lesquels il nous a justifiés quand nous avons cru pour la première fois, à savoir la justice imputée de Christ.

Néanmoins, il dit également, avec les théologiens réformés :

  • que le chemin sur lequel nous marchons vers la glorification comprend de bonnes œuvres ;
  • qu’il n’est pas facultatif (c’est-à-dire qu’il est nécessaire) ; le chemin sur lequel nous marchons vers la glorification comprend de bonnes œuvres ;
  • que ceux qui sont vraiment justifiés par une foi surnaturelle marcheront certainement sur le chemin que Dieu a tracé pour les mener à la vie éternelle ;
  • que Dieu nous donnera raison publiquement en montrant que notre foi était authentique, démontrée par de bonnes œuvres. Mais ces bonnes œuvres, comme noté ci-dessus, ne sont pas la fondation qui nous permet d’entrer au ciel.

Cela nous ramène à la distinction entre le droit et la possession que l’on retrouve dans notre tradition.

Piper croit que le « droit » à la vie (non pas qu’il utilise ce mot, mais il veut dire la même chose) est entièrement assuré par le seul travail du Christ.

Piper croit que la « possession » de la vie est un chemin que nous suivons, mais la possession de la vie n’est pas la fondation de notre entrée au ciel. C’est le chemin nécessaire que nous suivons, mais les œuvres que nous faisons ne peuvent nous justifier devant le tribunal de Dieu. Et nous croyons que la compréhension que John Piper a de ce fonctionnement est en fait plus fidèle à la tradition réformée que ce que disent ses critiques reformés. Si nous devions résumer l’enseignement de Piper, nous dirions que par la nouvelle naissance et la foi, Dieu devient à cet instant à 100% pour nous. Le fondement de cette acceptation est le sang et la justice de Christ. Le fait qu’il soit à 100% pour nous est la raison pour laquelle nous pouvons entrer dans la perfection et la joie éternelles. Le rôle de nos œuvres est de confirmer que nous avons effectivement une union de foi authentique avec le Christ, comme le dit 2 Pierre 1:10. Telle est l’opinion de Piper, nous tenons cela d’une source sûre !

Et concernant ses commentaires sur le jugement futur, pourquoi les détracteurs ne font-ils pas remarquer les paroles entièrement orthodoxes de Piper concernant le jugement final que voici ?

Mais alors, comment puis-je dire d’un côté que le jugement des croyants ne sera pas seulement la déclaration publique de la mesure de notre récompense dans le royaume de Dieu selon nos actes dans cette vie, et de l’autre dire que la déclaration publique de notre salut — notre entrée dans le royaume — se fait selon nos actes ?

La réponse en quelques phrases est que nos actes seront les preuves publiques présentées dans la salle d’audience de Christ pour démontrer que notre foi est réelle. Et nos actes seront l’évidence publique apportée pour démontrer les diverses mesures de notre obéissance à la foi (Voir Romains 12:3 ; 1 Thessaloniciens 1:3 ; 2 Thessaloniciens 1:11). En d’autres termes, le salut est par la foi, et les récompenses sont par la foi, mais la preuve de la foi invisible dans la salle de jugement du Christ sera une vie transformée. Nos actes ne sont pas la base de notre salut, ils sont la preuve de notre salut. Ce ne sont pas des fondations, ce sont des manifestations3.

Pas la base, mais la preuve ! Pas la fondation, mais la démonstration ! Voilà une orthodoxie réformée et une théologie digne d’éloges et non de critiques.

Scott Clark : un critique juste et précis ?

En conjonction avec le débat actuel au sujet des récents commentaires de John Piper sur la relation entre les bonnes œuvres et le salut, R. Scott Clark a écrit un post sur le Heidelblog où il discute de la vision réformée sur ce sujet4. Dans une section, il traite de la distinction entre titre et possession, qui a été utilisée pour défendre la position de Piper. Il renvoie également le lecteur aux articles précédents qui traitent de cette distinction.

Clark reconnaît à juste titre que le courant dominant de la tradition réformée a enseigné cette distinction. La question, cependant, est de savoir ce qu’ils entendaient par là. Clark dit qu’il y a trois façons de voir le rôle des bonnes œuvres : est (être), à travers (moyen) et parce que (fondation). Il soutient ensuite que « est » est la bonne façon d’interpréter la conception réformée des bonnes œuvres comme le moyen et la manière de posséder le salut. Après avoir étudié les écrits de Turretin et de Witsius, Clark dit : « Pour Witsius, comme pour Turretin, il est vrai que les croyants feront de bonnes oeuvres5. »

En accord avec cela, Clark dit que les bonnes œuvres ne sont que le fruit et la preuve du salut. Il cite ensuite les actes du concile de Trente, dont il dit qu’ils représentaient fidèlement la position protestante et réformée par son rejet de la simple position du fruit.

Malheureusement, Clark embrasse volontiers la caricature catholique romaine de la vision protestante réformée des bonnes œuvres.

John Davenant s’en prend à Bellarmin pour s’en tenir à cette caricature et il s’oppose vigoureusement à l’idée que les bonnes œuvres ne sont nécessaires que pour attester ou prouver la vraie foi. De même, Witsius a vivement réprimandé la position dite antinomique parmi les dissidents anglais qui enseignaient que les bonnes œuvres en relation avec le salut ne font que témoigner de la vie que nous avons en Christ. Beaucoup de théologiens réformés n’ont pas accepté les caricatures de Bellarmin, mais Clark semble penser que Bellarmin avait raison !

À cet égard, nous devons souligner que Clark interprète mal la distinction réformée de titre et de possession. Par exemple, Witsius soutenait le contraire de la simple position du fruit ; il disait que les croyants doivent faire de bonnes œuvres parce qu’ils vivent et pour qu’ils puissent vivre. Faire de bonnes œuvres parce qu’ils vivent est l’équivalent de ce que Clark dit: « c’est le cas que les croyants feront de bonnes œuvres. » Cependant, Witsius va plus loin en notant que les croyants obéissent pour qu’ils puissent vivre. Cela ressort clairement dans l’analogie qu’il utilise. Il compare le rôle des bonnes œuvres à celui de manger de la nourriture. Certes on mange parce que l’on vit, mais surtout on mange pour vivre. Un homme ne peut pas manger s’il le désire. Mais s’il veut continuer à vivre, il doit manger. De toute évidence, l’obéissance évangélique est plus qu’un « est » dans le salut, du moins pour Witsius (et, selon nous, également pour presque tous les autres orthodoxes réformés).

Il en va de même pour Turretin. Il parle des bonnes œuvres comme étant les moyens et la manière de posséder le salut. Mais les « moyens » ne se réduisent pas à « c’est le cas ». Les analogies bibliques utilisées par Turretin le montrent clairement : cheminer vers le but, semer pour récolter, travailler pour la récompense, concourir pour obtenir la couronne.

Puisque les bonnes œuvres sont plus que « c’est le cas », quel langage devrions-nous utiliser pour articuler cela ? Clark n’a que trois catégories : « est », « à travers », et « parce que ». Il est clair que les bonnes œuvres ne sont pas le terreau du salut ou de la possession du salut et nous ne pouvons donc pas utiliser « parce que ». Clark n’aime pas les mots « à travers » ou « instrument ». Et de ce fait il ne reste que « est », ce qui est insuffisant, comme nous l’avons vu.

Conclusion

Maintenant, vous n’avez plus besoin d’utiliser le mot « à travers (dans, par) » (2 Thessaloniciens 2:13) ou « au moyen de (instrument) »6 pour articuler la position réformée, même si d’excellents théologiens réformés ont, en fait, utilisé ce langage. Mais il faut ensuite une quatrième catégorie, telle que « moyens » et « manière », par opposition à « est ». En même temps, vous devez être prêt à accepter ceux qui utilisent le mot « à travers » ou « au moyen de » lorsque leur définition est correcte. Certains ont utilisé le mot « efficacité » pour parler de bonnes œuvres. Anthony Burgess, par exemple, ne se souciait pas de cette langue, mais il admettait qu’elle pourrait être vraie si elle était utilisée au sens large, ce qui est bien sûr le cas de certains théologiens réformés7.

Rachel Green Miller ne semble pas capable de comprendre ça. C’est bien, en un sens. Notre problème avec elle, c’est qu’elle a remis en question l’orthodoxie d’un ministre de l’Évangile, mais elle semble totalement inconsciente de la tradition réformée (comptant sur Clark pour l’assurer). Elle semble ne pas vouloir examiner attentivement le langage de certains théologiens qui siégeaient  à l’assemblée de Westminster qui seraient également sous ses « anathèmes » s’ils changeaient leur nom en « Piper » (ou « Jones »).

Tout cela nous ramène à notre commentaire de départ : pourquoi certains membres de l’Église réformée d’aujourd’hui insistent-ils autant, semble-t-il, à mal interpréter les autres et à faire d’une taupinière une montagne alors qu’ils n’en ont simplement pas besoin ? C’est ce qui nous préoccupe. C’est un manque de charité qui menace non seulement la bonne réputation des ministres fidèles, mais aussi la paix de l’Église.


  1. http://theaquilareport.com/believers-saved-sealed/[]
  2. https://calvinistinternational.com/2017/10/07/john-piper-compromising-sola-fide/[]
  3. https://www.desiringgod.org/messages/what-happens-when-you-die-all-appear-before-the-judgment-seat-of-christ[]
  4. https://heidelblog.net/2017/10/believers-are-saved-and-sealed/[]
  5. http://rscottclark.org/2015/09/on-the-necessity-and-efficacy-of-good-works-in-salvation/[]
  6. Pour Zanchius, les bonnes œuvres sont la cause instrumentale de la possession de la vie éternelle.[]
  7. Pour Mastricht, les bonnes œuvres ont une certaine efficacité pour nous conduire au salut ; Twisse dit lui que « Les bonnes œuvres sont la cause dispositive (dispositiva) du salut. »[]

Hadrien Ledanseur

Enfant de Dieu, passionné par la théologie et la philosophie. S'il est enfant de Dieu, c'est exclusivement en vertu des mérites de Jésus-Christ et de la grâce de Dieu. Si Dieu le veut, il se fiancera bientôt !

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