L’argument traditionnel contre la contraception en bref
30 juillet 2021

Je travaille depuis de longs mois à une série sur l’éthique sexuelle. Pardonnez mon impatience mais, puisqu’elle prend du temps, j’aimerais présenter en peu de mots un des arguments. Aussi, puisque j’ai écrit récemment un courrier à un ami à ce sujet, j’en propose le contenu à la lecture. Sachez toutefois qu’une argumentation plus complète sera proposée dans le cadre de la série d’articles mentionnée.


L’argument

1) L’acte sexuel est par nature fécond.

2) La nature est, non pas une donnée du hasard, mais le fruit d’un dessein divin.

Conclusion 1 : Une des multiples finalités naturelles de l’acte sexuel est la procréation.

3) Reprendre la conclusion 1.

4) Il n’est pas licite pour l’homme de s’opposer à une ou plusieurs des finalités naturelles d’un acte.

Conclusion 2 : Tout acte posé par un homme qui viserait à rendre un acte naturellement fécond infécond est immoral.

Défense de l’argument

La prémisse 1 est évidente. Je ne veux dire par cela uniquement que faire l’amour fait des bébés.

Prémisse 2 : Là encore, un chrétien ne peut pas le nier ; ce n’est pas par hasard que l’union sexuelle produit des enfants.

La conclusion 1 est donc inévitable : l’acte sexuel a (en partie) pour but de procréer.

Excluons ici une incompréhension : cela ne revient pas à affirmer qu’il s’agit du seul but de la sexualité. La sexualité, selon ma compréhension, a aujourd’hui au moins quatre finalités :

  1. La procréation et la perpétuation de l’espèce ;
  2. L’union des conjoints dans l’amour, ce à quoi le plaisir participe ;
  3. Être une manifestation de l’amour du Christ et de l’Église, comme le reste du mariage ;
  4. Être un remède à l’impudicité.

La prémisse 3 a été admise.

La prémisse 4 est celle qu’il faut le plus défendre.

Aujourd’hui, il est commun de considérer que la nature d’une chose n’implique aucun impératif moral qui lui soit associé. Mais c’est précisément ce qu’on appelle la « loi naturelle » : la nature n’étant pas un hasard mais un fruit divin, la régulation des naissances ne peut pas se faire par l’empêchement d’une des finalités naturelles de l’acte.

La conclusion 2, si nous l’élargissons aux autres finalités, nous donne quelque chose comme ceci : l’acte sexuel ne doit jamais être empêché d’être fécond s’il l’est naturellement, il ne doit jamais être fait contre l’union dans l’amour des conjoints (pas de choses dangereuses pour la santé de l’autre, pas de choses déplaisantes pour l’un des conjoints, pas contre la volonté d’un des conjoints, etc.), en faisant cela, l’union du Christ avec l’Église sera proprement manifestée.

Est-ce à dire pour autant qu’aucune régulation des naissances ne serait possible ? Ou existe-t-il une manière de réguler qui n’implique pas de détourner un acte naturellement fécond pour le rendre infécond ? Oui, il en existe une : la connaissance du cycle de fertilité de la femme par le couple. Cette connaissance anthropologique livre aux couples les outils pour décider, au jour le jour, s’ils veulent avoir un rapport sachant qu’il est probablement fécond ou si, ne voulant pas, pour des raisons qui sont suffisantes, avoir d’enfant pour l’instant, ils s’abstiennent d’un acte.

On répliquera que cela ne change pas grand-chose : on cherche quand même à avoir une sexualité qui ne soit pas féconde. Et je répondrai que c’est différent tant en principe qu’en pratique :

1) En principe : là où la contraception détourne un acte de sa finalité, la régulation de ce type s’abstient d’un acte dont elle ne désire pas la conséquence naturelle. Dans le premier cas, il s’agit d’une maîtrise de la technique sur la nature. Dans le second cas, il s’agit de maîtrise de soi. L’un admet une logique transhumaniste : je contrôle par la technique la nature, l’autre s’inscrit dans la nature créée et soumet ses désirs à cela. Par ailleurs, il ne faut pas considérer en éthique uniquement le résultat de l’acte mais aussi le moyen pour atteindre ce résultat. Que la conséquence puisse être dans les deux cas d’espacer les naissances n’implique pas que les moyens pour le faire se valent.

2) En pratique :

  1. Cela pousse le couple à régulièrement réévaluer son désir ou non-désir d’avoir des enfants. En effet, comme à chaque cycle il y a des brèves périodes d’abstinence et que, la sexualité étant une bonne chose, ces abstinences sont ressenties comme un jeûne, le couple a tendance à se demander plus régulièrement si, en fin de compte, il a une raison sérieuse de ne pas en vouloir un. Puisque l’abstinence « coûte », le sérieux des motifs est pesé plus… sérieusement, justement. Ce sérieux des raisons rend justice à la façon dont la Parole nous parle de l’enfant comme d’une bénédiction. J’imagine qu’on veut et doit avoir de bonnes raisons de se priver d’une bénédiction !
  2. Cela force l’homme à prêter attention au fait que la femme n’est pas comme lui, tant au niveau du désir sexuel que dans son cycle en général. Les hommes remarquent souvent la période menstruelle, mais une connaissance plus étendue du cycle leur permettra de mieux connaître leur femme d’une façon générale et de repérer d’autres variations que celle des menstruations.
  3. Cela ne fait pas reposer, comme la pilule contraceptive, le poids de cette régulation sur la femme premièrement, mais sur le couple et l’homme en particulier. En effet, le couple prend connaissance ensemble du fonctionnement du cycle féminin et le mari s’informe auprès de son épouse sur ce qu’elle constate et qui lui indique le moment du cycle où elle se trouve. Ainsi, si le couple prend ensemble le « risque » d’un rapport fécondant, c’est un risque assumé à deux (je me place dans l’optique où le couple veut espacer les naissances).
  4. Cela offre aussi, dans le cas inverse d’une volonté de procréer, les outils pour favoriser une naissance.
  5. Comme je le disais plus haut, cela travaille la maîtrise de soi. C’est tout à fait vertueux que de soumettre ses passions (ici, son désir sexuel) à une chose noble comme la construction d’un foyer et de les gouverner selon ce projet.
  6. Cela donne régulièrement l’occasion de manifester autrement de l’amour à son conjoint que par ce moyen. C’est encore une manière de réorienter son désir vers l’amour du conjoint afin de se retrouver d’autant mieux dans l’acte sexuel.
  7. Cela donne régulièrement l’occasion de vivre l’abstinence d’un commun accord pour la prière dont parle Paul.

Conclusion

Je vous invite à consulter la série mentionnée qui développera à l’avenir ces arguments. Si toutefois vous étiez déjà convaincu et cherchiez à apprendre cette méthode conforme à la loi naturelle de régulation des naissances, vous pouvez me contactez par ce site, pour que je vous mette en lien avec des formateurs expérimentés.


Illustration en couverture : Titien, Les trois âges de l’homme, huile sur toile, 1515 (Édimbourg, Galerie nationale d’Écosse).

Maxime Georgel

Maxime est étudiant en médecine à l'Université Catholique de Lille. Fondateur du blog Parlafoi.fr, il se passionne pour la théologie systématique, l'histoire du dogme et la philosophie réaliste. Vous entendrez souvent dans sa bouche "Thomas d'Aquin", "Jean Calvin" et "Vive la scolastique". Il affirme être marié à la meilleure épouse du monde. Ils vivent ensemble sur Lille avec leur petit Thomas.

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *