L’éthique chrétienne de la sexualité et de la procréation #1 : Introduction
12 décembre 2020

Ce sujet est peut-être celui qui travaille le plus mon esprit en ce moment. J’ai prié plus d’une fois pour savoir comment formuler, j’ai écrit déjà il y a plusieurs mois avant de tout effacer. J’ai étudié et discuté et je pense être finalement prêt pour aborder le début de cette série d’articles qui sera (très) longue (mais si vous êtes lecteur régulier du blog, cela ne doit pas vous surprendre !).

Dans cette série d’articles, nous aborderons des questions aussi épineuses que “Que faut-il penser des diverses méthodes contraceptives ?” ou “Quel est le but de la sexualité ?” Ce sont des sujets intimes au couple et qui, pour cette raison, peuvent être difficiles à aborder sans déchaîner des passions1. Mais cela ne doit pas nous décourager, lorsque nous aimons la vérité et cherchons à conformer nos vies à la volonté de Dieu. Aussi, j’aimerai aborder ce sujet d’une manière aussi réfléchie que possible, tant théologiquement que philosophiquement ou médicalement afin de ne pas en faire une bataille de ressentis, d’expériences de vie ou de ces choses bien plus susceptibles d’échauffer les esprits que de les éclairer. Dans cet article, j’énoncerai les quelques principes qui guideront notre réflexion sur ces questions.

“Tout est à vous et vous êtes à Christ”

Dans mon utilisation des Pères de l’Église, des théologiens médiévaux, des philosophes païens de l’Antiquité, j’agis en considérant que tout est à ceux qui sont à Christ. Autrement dit, je peux réclamer tout ce que je vois de bon, de beau, de vrai dans ce monde. Néanmoins, je veillerai à le faire en me souvenant que je suis à Christ et que je dois rejeter ce qui m’est présenté comme prétendument bon, beau ou vrai dès lors que cela s’oppose au Christ et à sa Loi. Je précise cela car, dans cette série, je serai amené à utiliser des documents produits par des catholiques romains et en particulier l’encyclique Humanae Vitae, publiée en 1968. En un sens, cette encyclique n’est qu’une synthèse de la position chrétienne traditionnelle sur la sexualité. Elle n’apporte rien de fondamentalement nouveau. Son intérêt repose dans le fait que la synthèse est admirablement claire et appliquée à notre époque.

L’éthique chrétienne : Loi naturelle et Écritures

Cette série s’intitule volontairement “éthique chrétienne” et non pas “éthique biblique” car, trop souvent, “biblique” est compris comme “bibliciste” c’est-à-dire comme se limitant à la Bible. Or, si la Révélation écrite de Dieu a une place unique en éthique, elle n’a pas pour but de nous empêcher de réfléchir, à partir d’une saine philosophie, sur la façon dont nous devons nous conduire en ce monde. Je ne développe pas plus ce point, une série de 6 articles a en effet déjà été postée sur ce blog en défense exégétique de l’usage de la philosophie et de la loi naturelle, et de la nécessité de cet usage, en éthique chrétienne (ou théologie morale).

L’Écriture sera la lumière sur le chemin de notre réflexion, autorité suprême (car autorité de Dieu) dans l’Église.

Une éthique complète

L’éthique chrétienne ne peut pas se contenter de se demander “Y a-t-il un verset qui parle de cela ?” comme je viens de le dire. Mais elle ne peut pas non plus se limiter à des réflexions qui ne considèreraient que la conséquence des actes posés et non leur nature, la nature de l’agent, le contexte de l’acte en question. Le philosophe David Haines énonce, sans se prétendre exhaustif, les principes suivants pour déterminer si un acte est moral ou immoral :

  • La nature ou la fin naturelle de l’agent (on ne peut pas attendre d’un chien la même chose que d’un homme).
  • L’intention derrière l’action posée (dire la vérité pour nuire à son prochain n’est pas vertueux).
  • La finalité objective de l’acte (dire un mensonge, que notre intention soit de nuire ou, au contraire, de sauver une vie, n’est pas non plus vertueux).
  • Les conséquences de l’action (cela est particulièrement utile lorsqu’il s’agit de distinguer entre deux actes bons pour déterminer lequel est préférable).
  • Les moyens par lesquels le but est atteint.
  • Les circonstances de cette action (comme le lieu, le temps, etc. qu’elles soient aggravantes ou atténuantes)2.

Haines souligne que ces principes sont soit liés à la nature de l’action soit à celle de l’agent.

Ainsi, nous veillerons à suivre ces principes lorsque nous nous poserons la fameuse question “un chrétien peut-il… ?”.

La forme de ces articles : un pré-sommaire

Cette série abordera donc les aspects nouveaux du problème ; les principes moraux devant nous guider dans la réflexion3 ; les conséquences éthiques de ces principes ; le rôle de l’État, des parents, des pasteurs, des familles, des personnels soignants, des hommes de science dans l’éthique sexuelle chrétienne ; les précisions médicales et le point sur les connaissances actuelles en la matière4 ; les conséquences sociétales et politiques d’un rejet ou d’une soumission à ces principes. J’en profiterai aussi pour présenter des alternatives conformes à la loi naturelle à la contraception chimique et pour examiner, bien entendu, les textes bibliques sur la question. C’est même par cet examen que je débuterai.

Cette série d’articles sera illustrée par des articles d’actualité là où ce sera pertinent.


Illustration : le Tintoret, La Nativité de saint Jean-Baptiste, huile sur toile, 1550 (Saint-Pétersbourg, musée de l’Ermitage).

  1. “Ces problèmes dont le sujet est si commun et paraît si simple comptent parmi les plus délicats à examiner et les plus difficiles à résoudre. […] Comme cette doctrine est faite moins pour les spéculations de l’esprit que pour la conduite de la vie, il faut prévoir les résistances instinctives de la conscience, démêler les mille contradictions de l’intelligence et de la chair, dissiper les préjugés, dégager en un mot, les redoutables inconnues que recèle la faiblesse humaine” dit très justement Gustave Combes au sujet des problèmes moraux dans son introduction au deuxième tome de la série des opuscules de Saint-Augustin de la Bibliothèque Augustinienne, p.8.[]
  2. HAINES David, Natural Law, Lincoln : The Davenant Press, 2017, p. 38.[]
  3. Ces deux premières sections suivent le plan de l’encyclique Humanae Vitae.[]
  4. Je me fonderai sur le référentiel national de gynécologie-obstétrique, sur les recommandations de l’OMS et sur les travaux des docteurs John et Evelyn Billings, James Brown et Erik Odeblad.[]

Maxime Georgel

Maxime est étudiant en médecine à l'Université Catholique de Lille. Fondateur du blog Parlafoi.fr, il se passionne pour la théologie systématique, l'histoire du dogme et la philosophie réaliste. Vous entendrez souvent dans sa bouche "Thomas d'Aquin", "Jean Calvin" et "Vive la scolastique". Il affirme être marié à la meilleure épouse du monde. Ils vivent ensemble sur Lille avec leur petit Thomas.

2 Commentaires

  1. Erwan LE BIHAN

    Bonjour,
    Je me permets de signaler que le lien vers les 6 articles en défense exégétique de l’usage de la philosophie et de la loi naturelle, et de la nécessité de cet usage, en éthique chrétienne (ou théologie morale) est inopérant.
    Très cordialement,

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    • Arthur Laisis

      Merci beaucoup, c’est corrigé !

      Réponse

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