Pédobaptême et adoption — Alastair Roberts
13 janvier 2022

Au cours d’un débat entre amis, Alastair Roberts a fait quelques remarques pour expliquer la compréhension réformée du baptême et les propose à la lecture sur son blog. Je les traduis ici parce qu’elles éclairent de manière utile deux choses. La première citation montre comment le baptême implique une réponse qui peut être plus tardive que le baptême lui-même dans la vie du baptisé. La deuxième explique pourquoi le langage de « chrétien », « fidèle », « croyant », « élu » est approprié pour tous les baptisés sans que cela n’implique une forme d’automatisme dans l’efficacité baptismale. Il s’agit ici du duplex loquendi modus de Calvin dont nous parlions ici et . Il s’agit par ailleurs du langage des auteurs bibliques comme nous l’expliquions . C’est aussi, de l’avis de James Packer et du mien, la bonne manière de comprendre le langage réaliste des Pères apostoliques et des liturgies antiques. Voici donc les deux citations en question :

Le baptême fonctionne un peu comme l’adoption. Il peut se produire avant ou après notre conscience et notre choix, mais dans tous les cas, il change notre statut et notre identité, fait de nous les participants d’un nouveau contexte et d’une nouvelle vie, et s’accompagne de nouvelles responsabilités et de nouveaux privilèges. Même si l’adoption précède souvent tout choix de l’enfant, nous présumons à juste titre que, lorsqu’il grandira, il s’identifiera volontairement à la vie et à la famille dans lesquelles il a été accueilli. Bien qu’une adoption ait toujours un résultat, même lorsqu’elle « échoue », son effet présumé et souhaité est que l’enfant adopté grandisse heureux dans un nouveau contexte d’amour, répondant avec gratitude à la grâce de ses parents adoptifs. Le résultat à long terme de l’adoption est assez important. L’enfant doit être soumis aux pratiques à long terme de formation et d’inclusion qui constituent la « vie familiale », sinon l’adoption est vidée d’une grande partie de sa signification et devient une formalité creuse. Il en va de même pour le baptême.

Lorsque Paul s’adresse à l’Église, il parle des réalités qui leur ont été données et dont ils font partie en termes de réception appropriée, tout comme nous le faisons. Lorsque nous parlons de l’adoption en général, nous n’adaptons pas notre langage pour tenir compte des cas où l’enfant grandit et rejette ses parents adoptifs. Lorsque nous parlons de l’adoption, nous partons du principe qu’elle aura l’effet voulu et approprié et nous en parlons de cette manière. De la même manière, Paul s’adresse à l’Église tout entière comme à la famille choisie en Christ avant la fondation du monde, même si certains tomberont, à tous ceux qui reçoivent la Cène comme participant à la « coupe de bénédiction », même si certains boiront le jugement pour eux-mêmes, et à tous les baptisés comme recevant les bénéfices de l’incorporation à la vie du Christ, même si certains y tourneront le dos.


Illustration en couverture : Barent Fabritius, Le fils prodigue, 1661.

Maxime Georgel

Maxime est étudiant en médecine à Lille. Fondateur du blog Parlafoi.fr, il se passionne pour la théologie systématique, l'histoire du dogme et la philosophie réaliste. Vous entendrez souvent dans sa bouche "Thomas d'Aquin", "Jean Calvin" et "Vive la scolastique". Il affirme être marié à la meilleure épouse du monde. Ils vivent ensemble sur Lille avec leurs deux enfants et sont moniteurs de la méthode Billings.

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Le baptême ne peut être administré que par un pasteur ou quelqu’un qui en a une commission. Dès le seizième siècle, le baptême administré par celui qui n’a aucune vocation ni commission est considéré comme nul. Dans le contexte d’alors, cela signifiait que l’on acceptait les baptêmes faits par des prêtres catholiques, mais qu’on rejetait ceux qui étaient faits par des moines, des proposants [élèves pasteurs] ou simples particuliers. Détail amusant : la plupart des gens au début du dix-septième siècle arrivaient jusqu’à la vieillesse sans autre baptême que celui qui était fait par les sages-femmes, considéré comme nul, ce qui a posé un problème particulier au synode de la Rochelle 1607. Par ailleurs, il ne suffit pas d’être docteur: c’est bien le statut de pasteur qui permet d’administrer les sacrements, et celui-là seul.

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