Pourquoi prêcher sur l’homosexualité ? — Jean Huss
17 mai 2022

Aujourd’hui, beaucoup d’Églises, protestantes notamment, ont des positions qu’on peut qualifier d’inclusives ou de favorables (affirming) à la cause de l’homosexualité et aux autres problématiques propres aux minorités sexuelles. La position des réformateurs sur la question des péchés sexuels était bien différente, et se caractérisait même par une intransigeance affichée face à la luxure de la société — et de l’Église — de leur temps. Nous présentons ci-dessous quelques pensées choisies du pré-réformateur tchèque Jean Huss (1372-1415) sur la sexualité. Jean Huss est cité d’après l’édition en langue tchèque moderne de David Loula (Kniha citátů Jana Husa, České studny, 2015).


Semence charnelle et semence spirituelle

S’ils sont charnels par définition, les péchés sexuels ont aussi une dimension spirituelle.

Je vous dis qu’en ce jour Sodome sera traitée moins rigoureusement que cette ville-là. (Luc 10,12)

C’est une ville où la parole de Dieu résonne, mais où on n’en vit pas. C’est pourquoi Dieu hait le péché de Sodome : car l’homme et la femme doivent être unis dans le mariage pour donner une nouvelle vie à partir de leur semence. Mais les Sodomites ont détruit leur semence au commencement, et ainsi ils sont devenus des meurtriers. La semence qu’est la Parole est donnée pour que naissent non seulement des enfants charnels, mais aussi spirituels, des fils de Dieu. Ainsi, puisque c’est une chose plus grande d’engendrer des fils de Dieu par la Parole, que des fils selon la chair, c’est un péché d’autant plus grand que d’annihiler la parole de Dieu dans son cœur ou de l’ôter des oreilles des croyants.

(Sermon du 15 février 1411.)

Sur les relations contre nature

Si l’homosexualité déplaît à Dieu, elle s’élève aussi contre sa Création, et nuit finalement à celui qui s’en rend coupable.

Quel est le pire des péchés sexuels ? Cela semble être les rapports homosexuels, car Dieu les a le plus punis, comme nous l’avons déjà dit à propos de la destruction de Sodome et Gomorrhe.

Il faut ici noter que les rapports homosexuels sont un péché grave pour trois raisons. Premièrement, que les gens pèchent contre Dieu et contre la Création. Deuxièmement, que ce péché les excite et les conduit à des habitudes bestiales. Troisièmement, que cela prive une personne de biens naturels, d’honneur et de patrimoine. Ainsi, celui qui s’engage dans l’homosexualité perd la faveur de Dieu, détruit sa vie, détruit sa réputation devant les saints et les gens sur terre, et perd son patrimoine.

Le fait que ce péché soit contre Dieu, tu le sais, c’est qu’il est contre ses commandements, et surtout contre la loi du mariage, par laquelle Dieu a ordonné aux hommes d’être féconds pour sa gloire. Il est donc clair que l’homosexualité éteint l’amour de Dieu dans l’homme. À cause de ce péché, il est dit de Dieu : l’Éternel regretta d’avoir fait l’homme sur la terre, et son cœur fut affligé. (Genèse 6,6). Dieu fut frappé au plus profond de lui d’une grande douleur et décida de détruire la terre par un déluge ; d’où tu vois que ce péché est également contre toute la Création, car toute la nature a été endommagée par ce péché. Cela ne serait pas arrivé si l’homme n’avait pas péché contre l’injonction de procréer, grâce à laquelle le monde pouvait conserver son harmonie.

Deuxièmement, on dit que ce péché rend les gens furieux et bestiaux. La raison en est que ce péché consiste à se toucher ; cela excite plus que tout les sens et conduit à une cruauté pareille à celle des bêtes. C’est pourquoi Aristote dit que les animaux sont très cruels pendant la saison du rut1. Par conséquent, garde-toi du cerf, du loup, du chien, du taureau et de l’ours en leur temps. Que n’y a-t-il pas eu de querelles, de meurtres et de disputes entre les gens à cause de la fornication ! L’Écriture dit pour cette raison que l’homme a corrompu sa voie2, parce que le chemin qui mène au ciel n’est pas de commettre l’adultère dans le mariage, le veuvage ou le pucelage. Un homme gâche ce chemin quand il s’engage sur un chemin bestial, et le détruit aussi avec son ennemi — ce corps qu’il ne peut cacher.

La vraie fornication est l’utilisation malhonnête des organes génitaux et se divise comme suit : l’une est de manière naturelle entre un homme et une femme, et l’autre de manière contre nature ; avec soi-même, un homme avec un homme, une femme avec une femme, un homme avec un animal ou autre chose qu’un homme. C’est pour ces péchés qu’ont été détruites Sodome et Gomorrhe, Adma, Tsoar et Guéba ; Mais surtout Sodome et Gomorrhe, comme la Bible le rappelle souvent ; et ces villes disparurent, comme il est écrit : Alors l’Éternel fit pleuvoir du ciel sur Sodome et sur Gomorrhe du soufre et du feu venant de l’Éternel. Il bouleversa ces villes, toute la plaine, tous les habitants des villes et les plantes du sol. (Genèse 19,24 -25) Mais Tsoar ne disparut point, puisque Loth y entra avec la permission de Dieu ; elle disparut plus tard, comme il est écrit.

L’Église doit parler des péchés sexuels

Huss continue en expliquant pourquoi il ne rougit point de parler de ces sujets.

Parce que ce sont des péchés abominables, je ne veux pas en parler beaucoup, tout juste autant qu’en ont parlé avant moi Dieu et les saints, afin que les prêtres qui empêchent d’en parler soient confondus. Ils soutiennent que quiconque prêche au sujet de ces péchés stupides enseigne le peuple à pécher. C’est pourquoi on les appelle aussi des péchés silencieux, parce qu’il ne faut pas en parler. Ce premier argument est réfuté par Dieu et Moïse lui-même quand Dieu dit à Moïse : Tu diras aux Israélites : […] si un homme couche avec un homme comme on couche avec une femme, ils ont commis tous deux une horreur ; ils seront punis de mort : leur sang retombera sur eux. (Lévitique 20,2, 13) Il s’agit de relations sexuelles entre hommes. Puis il dit : Si un homme a des rapports sexuels avec une bête, il sera puni de mort ; et vous tuerez la bête. (Lévitique 20,15) Il dit aussi : Si une femme s’approche d’une bête, pour s’accoupler à elle, tu tueras la femme et la bête ; elles seront mises à mort : leur sang retombera sur elles. (Lévitique 20,16). Et ensuite : Ne rendez pas vos personnes abominables par des animaux, par des oiseaux, par tout ce qui rampe sur le sol. (Lévitique 20,25). Comprends bien ce qu’il veut dire ici ! Attention aux chiens !

Un deuxième argument va à l’encontre de cette parole lorsque Dieu dit à Moïse : Parle aux Israélites, et dis-leur : Je suis l’Éternel, votre Dieu. (Lévitique 18,2) Plus loin, après avoir décrit divers péchés sexuels, il dit : Tu ne coucheras pas avec un homme comme on couche avec une femme. C’est une horrible pratique. (Lévitique 18,22) Ceci est vrai pour chaque personne de sexe masculin : un garçon, un adulte et un vieil homme, afin qu’il n’ait pas de relations sexuelles avec une autre personne de sexe masculin, en étant sous lui. Il poursuit en disant : Tu n’auras de rapports sexuels avec aucune bête, pour te souiller avec elle. (Lévitique 18,23). Comprends cela ainsi : tu n’auras pas de rapport sexuel avec une bête, tu ne feras rien avec. Mais parce que Dieu savait que beaucoup, même sans passer à l’acte, seraient souillés d’une autre manière, il dit : vous ne serez pas souillés avec elle. Pour l’amour du bon Dieu, réfléchis-y et comprends cela à fond. Dieu continue : La femme ne s’approchera pas d’une bête, pour s’accoupler à elle. C’est une confusion. (Lévitique 18,23) Dieu veut que les gens évitent ces abominations, c’est pourquoi il dit à la fin du chapitre : Tous ceux qui commettront une quelconque de ces horreurs seront retranchés du milieu de leur peuple. Vous observerez mon ordre, et vous ne pratiquerez aucun des horribles principes qui se pratiquaient avant vous. Je suis l’Éternel, votre Dieu. (Lévitique 18,29-30). Dans d’autres livres aussi, Moïse et les anciens du peuple parlent à toute la nation et maudissent les péchés de cette manière : Maudit soit celui qui couche avec une bête quelconque ! — Et tout le peuple dira : Amen. (Deutéronome 27,21)

Saint Paul écrit aux Romains : C’est pourquoi Dieu les a livrés à l’impureté, selon les convoitises de leurs cœurs, en sorte qu’ils déshonorent leurs propres corps […] ; leurs femmes ont remplacé les relations naturelles par des actes contre nature ; et de même les hommes, abandonnant les relations naturelles avec la femme, se sont enflammés dans leurs désirs, les uns pour les autres. (Romains 1,24-27) C’est ici que le Seigneur Dieu a ordonné que cela soit dit au peuple et que les péchés soient décrits. Ainsi, la réponse au deuxième argument, qui stipule que ces péchés sont appelés silencieux afin qu’on n’en parle pas, est claire. Parce que Dieu a décrit les péchés et a ordonné qu’on en parle, il faut en parler. Et c’est pourquoi ils doivent être écrits, discutés et confessés.

Un troisième argument dit : il ne faut pas parler de ces péchés, car quiconque prêche à leur sujet enseigne aux gens à pécher. Si cet argument était correct, alors Dieu – qui en a parlé, leur a ordonné de parler et d’écrire à leur sujet – enseignerait aux gens à pécher. Mais béni soit Dieu, qui a commandé aux gens de parler et d’écrire sur ces péchés, non pour les commettre, mais pour s’en garder. C’est ce que font aussi de fidèles disciples de Dieu, pour les avertir, et pour que les gens confessent leurs péchés, afin qu’ils ne meurent pas dedans.

Peut-être te demanderas-tu : pourquoi sont-ils appelés péchés silencieux ? Sachez que dans les Écritures, ils sont appelés péchés de Sodome, de Gomorrhe, d’Adma, de Guérar, de Tsoar et de Gibéon — d’après les villes dans lesquelles ces pécheurs ont vécu. Ils tirent leurs noms principalement de deux villes — de Sodome et de Gomorrhe. C’est pourquoi le Seigneur Jésus et les saints mentionnent Sodome et Gomorrhe dans les Évangiles.

Mais les Tchèques les appellent péchés silencieux non pas pour qu’on soit muet à leur sujet, car les prêtres doivent en parler comme Dieu l’a ordonné, et le peuple doit les confesser afin de ne pas être damné pour l’éternité. Ils les ont appelés péchés silencieux selon la signification de la ville de Sodome, qui veut dire silencieuse ou muette. Et si l’on veut appeler ces péchés selon leur sens, on peut les appeler péchés aveugles, car Sodome veut aussi dire aveuglement, selon le fait que l’ange a aveuglé tous les hommes de Sodome du plus petit au plus grand quand ils ont venus chez le bienheureux Loth pour qu’il fasse sortir les anges qui étaient ses invités, pour avoir des relations sexuelles avec eux, parce qu’ils pensaient qu’ils étaient des hommes. Il me semble du reste que les gens qui se détruisent avec ces péchés ont souvent en eux un démon qui les rend muets afin qu’ils ne confessent pas ces péchés.

Pour cette raison, on peut parler à raison d’une possession silencieuse, ou de péchés silencieux. Et je ne connais pas de péchés que les gens cachent davantage et qu’il soit plus difficile de faire confesser.

Stérilité de l’homosexualité et de la masturbation

Après la métaphore du silence et de l’aveuglement, l’image de la stérilité permet d’aborder également l’onanisme (la masturbation).

Ils sont aussi appelés péchés aveugles parce qu’ils aveuglent ceux qui les commettent. Le vrai grand aveuglement, c’est de pécher comme ça. Sodome se traduit également par déviante et stérile, de sorte que ces péchés peuvent être appelés déviants et stériles. Parce que ceux qui pèchent de cette manière se sont éloignés de Dieu et sont stériles : ils ne peuvent ni faire des enfants selon la chair, ni produire de bonnes œuvres selon l’Esprit.

Le péché silencieux est donc grand parce qu’il renverse l’ordre de Dieu. Pourquoi les gens se marient-ils ? Pour procréer une descendance — et cette intention est gâchée à la racine. Comme une semence qui ne tombe pas en terre, elle ne produira pas de grain après elle et périra d’elle-même. Nous dirions qu’un semeur serait fou, s’il semait de cette façon. Il en va de même dans ce cas. Ainsi, dès la racine, ces pécheurs sont destructeurs de la descendance. Tu en trouveras la raison dans le livre de la Genèse, où Juda dit à Onan son fils : Va vers la femme de ton frère, épouse-la, comme beau-frère, et suscite une descendance à ton frère. Onan, sachant que cette descendance ne serait pas à lui, se souillait à terre lorsqu’il allait vers la femme de son frère, afin de ne pas donner de descendance à son frère. Ce qu’il faisait était mauvais aux yeux de l’Éternel qui le fit aussi mourir. (Genèse 38,8-10) Tu l’as ici par écrit. Ne rouspète pas contre moi parce que j’écris sur ce qui a été écrit pour nous, pour que nous soyons instruits par le Saint-Esprit, afin de nous garder soigneusement de ces chiens.

L’homosexualité est une forme de sexualité sans procréation (ce que nous avons déjà développé à propos de la contraception). L’homosexualité pèche en empêchant l’engendrement.

Dieu peut pardonner l’homosexualité

Mais s’il faut prêcher sur l’homosexualité, c’est surtout pour obtenir la repentance de quelques-uns.

Et quand certains d’entre eux seraient déjà tombés dans ces péchés, qu’ils s’en repentent avec soin, à l’exemple des habitants de Ninive, qui se sont humiliés et ont fait pénitence lorsqu’ils entendirent le prophète Jonas proclamer la destruction de la ville dans quarante jours. Le Seigneur Jésus leur témoigne aussi, en disant : les hommes de Ninive se dresseront lors du jugement, avec cette génération (avec les sacrificateurs et les fidèles) et les condamneront, parce qu’ils se sont repentis à la prédication de Jonas, et voici qu’il y a ici plus que Jonas. (Matthieu 12,41) Dans cette parole, ceux qui veulent se repentir devraient être satisfaits : ils prononceront même la damnation de ceux qui pensent être les plus saints.

John Martin, Jonas prêchant devant Ninive, huile sur toile, vers 1840 (Gallerie Hatton, Newcastle).

Non seulement les prêtres ne prêchent pas contre ces péchés, mais ils font obstacle à ceux qui prêchent à leur sujet — tout comme les méchants de Sodome ont défendu le bienheureux Loth quand il les a réprimandés et a dit : Mes frères, je vous en prie, ne faites pas de mal. Voici, je vous en prie : j’ai deux filles qui n’ont pas connu d’homme ; je vous en prie, je vous les amènerai dehors, et vous leur ferez ce qu’il vous plaira. Seulement, ne faites rien à ces hommes, puisqu’ils sont venus à l’ombre de mon toit. Ils dirent : Retire-toi ! Ils dirent encore : Celui-ci est venu tout seul comme immigrant, et il veut faire le juge ! Eh bien, nous te ferons pis qu’à eux. Puis, pressant Loth avec violence, ils s’avancèrent pour briser la porte. (Genèse 19,7-9) Qui était coupable de cela ? Les méchants ou le bienheureux Loth ? Cela est immédiatement devenu évident lorsque les anges qu’ils voulaient violer ont aveuglé tous les hommes afin qu’ils ne pussent rien voir, même si leurs yeux étaient ouverts, et qu’ils ont conduit Loth et ses proches hors de l’enfer avec eux. Les autres ont péri juste après. S’ils avaient eu des sermons fréquents contre ces péchés auparavant, ils auraient pu faire volte-face et n’auraient pas péri. C’est pourquoi le Seigneur Jésus dit aux villes dans lesquelles il a prêché, et qui ne se sont pas repenties : Malheur à toi, Chorazin ! Malheur à toi, Bethsaïda ! Car, si les miracles faits au milieu de vous avaient été faits à Tyr et à Sidon, il y a longtemps qu’elles se seraient repenties avec le sac et la cendre. C’est pourquoi je vous le dis : au jour du jugement, Tyr et Sidon seront traitées moins rigoureusement que vous. Et toi, Capernaüm, seras-tu élevée au ciel ? Non, tu seras abaissée jusqu’au séjour des morts. (Matthieu 11,20-23) Et il ajoute à cela : car si les miracles faits au milieu de toi avaient été faits dans Sodome, elle subsisterait encore aujourd’hui. C’est pourquoi je vous le dis : au jour du jugement, le pays de Sodome sera traité moins rigoureusement que toi. (Matthieu 11,23-24)

Tu vois donc ici que les Sodomites sont damnés et ne peuvent avancer l’excuse de ne pas avoir été enseignés sur ces péchés. Ceux que Loth a réprimandés, le Seigneur Dieu les a damnés et aveuglés juste après cette réprimande. Puis il a envoyé sur eux du feu et du soufre et a détruit la ville. Mais qu’arrivera-t-il aux chrétiens qui ont été instruits et avertis par l’exemple des Sodomites et qui pèchent malgré cela ? Malheur aux prêtres qui savent qu’ils ne le leur rappellent pas comme nous l’ont rappelé Jésus et ses apôtres ; car les villes ont disparu et le Déluge a inondé toute la terre parce que tout le peuple a corrompu sa voie sur la terre, sauf Noé, sa femme, ses fils et ses belles-filles ; alors, quand Dieu a vu combien la colère humaine était grande sur la terre et que la pensée humaine était toujours encline au mal, il a regretté d’avoir fait l’homme sur la terre. Ils ne se souviennent pas que, même après la mort du Seigneur Jésus, les gens tombent encore dans les mêmes péchés que Jésus a montrés lorsque les disciples l’ont interrogé à propos du Jugement dernier : Comme aux jours de Noé ainsi en sera-t-il à l’avènement du Fils de l’homme. Car, dans les jours qui précédèrent le déluge, les hommes mangeaient et buvaient, se mariaient et mariaient leurs enfants, jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche ; et ils ne se doutèrent de rien, jusqu’à ce que le déluge vienne et les emporte tous ; il en sera de même à l’avènement du Fils de l’homme. (Matthieu 24, 37-39) Le Sauveur a ainsi averti tout le peuple qui naîtrait après lui de se souvenir du dernier déluge et de vivre comme Noé a vécu, afin de ne pas se noyer dans la damnation éternelle, et surtout pour la fornication, dans laquelle le monde est plongé jusqu’au cou.

(Exposé du Décalogue, §52.)


Naturellement, Hus s’exprime également sur d’autres péchés sexuels. Voici un florilège de citations plus courtes dont l’homosexualité n’est pas le sujet premier.

Comment regarder une femme

Il s’ensuit également que tout péché mortel a son origine et son nid dans notre volonté, et s’accomplit par un acte. C’est pourquoi le Sauveur dit : Vous avez entendu qu’il a été dit : Tu ne commettras pas d’adultère. Mais moi, je vous dis : Quiconque regarde une femme pour la convoiter a déjà commis adultère avec elle dans son cœur. (Matthieu 5,27-28) On dit aussi du meurtre qu’il commence dans le cœur et s’accomplit par un acte. Le Christ n’interdit pas de voir une femme, mais interdit de la regarder avec passion. Car il convient de voir une femme comme une créature de Dieu, pour laquelle Dieu doit être loué, mais il ne convient pas de regarder une femme avec désir. Ce désir est pleinement mené à terme lorsque la volonté outrepasse la raison pour accomplir l’acte (de fornication).

(Exposé du Décalogue, §77.)

Sur l’adultère

Voici le sixième commandement : Tu ne commettras pas d’adultère. Par ce commandement — même si tout péché soit interdit — il est question avant tout de la fornication charnelle, qui consiste pour une femme à coucher malhonnêtement avec un homme, et dans tout attouchement malhonnête des organes génitaux. Sache aussi que la fornication et la luxure sont doubles. C’est tout d’abord spirituel. Cela se produit chaque fois que l’âme humaine se sépare de Christ en transgressant les commandements de Dieu. Il est en effet le véritable époux, homme ou époux de toute la sainte Église et de chaque âme qui en est membre ; ainsi, l’âme pèche et se penche plus vers le monde, le corps, le diable que vers le Christ. C’est pourquoi Christ dit : Et toi, tu t’es prostituée avec beaucoup d’amants ; mais reviens à moi, et je te recevrai. (Jérémie 3,1) En second lieu, la fornication est une exigence indécente des organes génitaux, dont on veut faire un usage illégitime. Par exemple, lorsqu’un homme ou une femme veut, non selon la loi de Dieu mais selon un désir charnel, jouir des plaisirs des organes génitaux, que ce soit une femme avec un homme, une femme avec une femme, un homme avec un homme ou avec lui-même, ou une femme avec elle-même ; entends cela sans t’offenser. Et la fornication, bien qu’elle soit destinée à exciter les organes génitaux, tire sa racine dans l’âme, car le Sauveur dit : Quiconque regarde une femme pour la convoiter a déjà commis adultère avec elle dans son cœur. (Matthieu 5,28) Comprends par là que tout homme qui regarde une femme et s’engage dans son cœur à avoir des relations sexuelles avec elle a déjà commis adultère avec elle dans son cœur. Le Christ ne dit pas : commets l’adultère avec elle, car elle n’en sera pas coupable, comme sainte Suzanne. De la même manière, une femme qui aspire à un homme autre que le sien, pour commettre l’adultère avec lui, a déjà commis un péché mortel.

(Exposé du Décalogue, §51.)

Karl Herbsthoffer, Sainte Suzanne au milieu des païens (église Saint-Roch, Paris)

Prière pour résister à la fornication

Pour Jean Huss, l’événement de l’Incarnation (et la glorification de l’humanité qui s’ensuit) a des conséquences éthiques importantes.

Cher chrétien, sache qu’après l’incarnation du Fils de Dieu, tout péché de fornication est plus grave qu’avant l’Incarnation. Principalement parce que Dieu est notre frère qui a pris notre corps et notre mode de vie. Par conséquent, Dieu bien-aimé, notre Père et notre frère, Seigneur Jésus, ne nous permets pas de forniquer et d’humilier nos corps avec notre fornication ; ne nous laisse pas pousser le grand Roi dans la boue et le pus, dans la boue puante de la fornication. En effet, notre position est élevée au-dessus des anges, car à travers le Seigneur Jésus, c’est l’humanité qui est exaltée et valorisée ; puisse-t-il nous aider à préserver notre humanité sans la pollution de la fornication.

(Exposé du Décalogue, §55.)

Conseils pour fuir l’adultère

Un autre moyen de défense contre l’adultère est de ne pas rencontrer de femmes, et surtout pas d’en toucher ; car si le contact visuel et la parole évoque des pensées sexuelles, mais les attouchements provoquent une grande excitation. C’est pour cela que les saints affirment que les purs, c’est-à-dire ceux qui ont échappé à la fornication, et en particulier les prêtres, doivent éviter la fréquentation des femmes. Car on dit : tu peux lutter contre le péché, homme, et tu peux vaincre, mais pas avec une femme. La combattre, c’est la fuir, pas l’approcher. Car qui est plus fort que Samson, qui est plus saint que David, qui est plus sage que Salomon ? Et tous ceux-là s’y sont brûlés. Par conséquent, il est d’une audace téméraire, celui qui ne craint pas de parler en privé ou de passe du temps avec des femmes sans peur, surtout sans raison urgente et justifiée. Et sans la présence d’autrui…

Écoute saint Bernard : « Passer du temps avec une femme sans avoir aucun commerce avec elle, c’est plus fort que ressusciter les morts — qui ne peut pas faire le plus petit ne peut pas faire le plus grand. Tu veux que je te croie ? Chaque jour, une jeune fille s’assoit à table à tes côtés, ton lit est dans la chambre à côté du sien, ta main est dans son ouvrage. Votre œil regarde dans ses yeux pendant les conversations. Et tu ne veux pas passer pour un fornicateur ? Vis comme tu veux, mais je ne suis pas sans méfiance. » Ainsi dit le petit Bernard : ne le blâme pas, cher prêtre, toi qui sors avec ta petite confidente, ou qui te promènes si joliment avec ta petite amie. Il ne te sert pas non plus d’excuse de dire : « C’est ma sœur », car Amon a ôté la virginité de sa sœur Tamar. Et crois-moi sur ma conscience, j’ai connu beaucoup de prêtres qui ont péché avec leurs sœurs presque tous les jours, même à Noël et à Pâques. Je sais aussi qu’ils vivaient avec celles dont ils étaient les pères spirituels. Et les laïcs eux aussi ne tombent-ils pas là-dedans ? Bien sûr, en très grand nombre. Oui, j’ai appris qu’un père était avec sa fille, et un frère avec ses trois sœurs. D’où est-ce que ça vient ? Uniquement de la vie en commun.

(Exposé du Décalogue, §77.)

Sur la pornographie

C’est un signe d’amour dévoué pour le Christ que de se souvenir de son image et de sa Passion par un signe. En revanche, ceux qui ignorent sa Passion peignent des images de femmes pour attiser leurs passions afin de s’amuser avec elles pendant leur absence. Mais celui qui a inscrit les commandements de Dieu au-dessus de sa porte et dans sa maison est considéré comme un insensé par les autres.

(Sermon du 9 août 1411.)

Inscrire des versets ou devises chrétiennes sur la facade de sa maison est une coutume ancienne en Europe (ci-dessous, un chalet suisse).

Illustration en couverture : Orazio Gentileschi, Loth et ses filles, huile sur toile, 1621-1623, (musée Thyssen-Bornemisza, Madrid).

  1. Histoire des animaux, VI, XXVI.[]
  2. Genèse 6,12.[]

Arthur Laisis

Enseignant en linguistique à l'université, étudiant en théologie à la faculté Jean Calvin et lecteur dans les Églises réformées évangéliques de Lituanie. Principaux centres d'intérêts : ecclésiologie, christologie, histoire de la Réforme en Europe continentale. Responsable de la relecture des articles du site.

1 Commentaire

  1. Fidon

    Très édifiant

    Réponse

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