Brève histoire de la confession de foi de la Rochelle
2 décembre 2022

Cet article est une synthèse de l’article de Jean Cadier « Histoire et importance de la Confession de foi de la Rochelle« , paru dans la Revue réformée n°86 — 1971/2, à l’occasion du quatrième centenaire de la confession de foi des Églises réformées de France. Il ne fait pas partie des numéros numérisés par le site de la Revue réformée, mais il mérite d’être connu et retransmis. Je vous souhaite une bonne lecture.


Le synode de la Rochelle

Le Synode de la Rochelle eut lieu le 2 avril 1571, autorisé par le Roi. Ses modérateurs furent Théodore de Bèze, le successeur de Jean Calvin, et Nicolas des Gallars, le secrétaire de Jean Calvin. Si l’on considère en plus que son premier jet fut écrit par Jean Calvin, comme nous le dirons plus tard, cela en dit long sur l’influence du réformateur sur l’Église réformée de France.

Il est surnommé « le synode des princes » à cause de la présence de :

  • Jeanne d’Albret, reine de Navarre.
  • Le prince de Navarre, futur Henri IV. Ces deux-là représentaient l’Église du Béarn. Pierre Viret aurait du faire partie des leurs, mais il est mort en route.
  • Le prince de Condé.
  • L’amiral de Coligny.
  • Guillaume le Taciturne, futur fondateur des Pays-Bas.

La première version de la confession de foi a été votée à Paris en 1559, en clandestinité. Ce synode de Paris consacra trois jours aux quarante articles de discipline, et un seul jour pour la confession, mais cette dernière discussion fut expédiée grâce à un premier jet de Jean Calvin. Ce premier jet faisait trente-cinq articles, mais les délégués ont éclaté l’article 1 en cinq autres. L’article premier proposé par Jean Calvin était :

Parce que le fondement de croire, comme dit Saint-Paul, est par la Parole de Dieu, nous y croyons que le Dieu vivant est manifeste en sa Loi et par ses prophètes et finalement en l’Évangile et y a rendu témoignage de sa volonté autant qu’il est expédient pour le salut des hommes. Ainsi nous tenons les livres de la Sainte Écriture de l’Ancien et du Nouveau Testament comme la somme de la seule vérité infaillible procédée de Dieu à laquelle il n’est pas licite de de contredire. Même parce que là est contenu la règle parfaite de toute sagesse, nous croyons qu’il n’est licite d’y rien ajouter ou diminuer mais qu’il faut y acquiescer en tout et partout. Et comme cette doctrine ne prend son autorité ni des hommes ni des anges, mais de Dieu seul, nous croyons (car c’est chose surmontant tout sens humains de discerner que c’est Dieu qui parle) que c’est lui seul qui donne la certitude de cette doctrine à ses élus et la scelle dans leurs cœurs par son Esprit.

Dans la Confession de foi de La Rochelle, on fait les choses différemment :

  • L’article 1 est remplacé par une description assez scolastique de Dieu. Jean Cadier n’aime pas beaucoup cette accumulation, mais moi, si.
  • L’article 2 mentionne la théologie naturelle, « dont Calvin était fort éloigné », dit Cadier, mais voyez cette objection de Maxime Georgel.
  • L’article 3 dresse la liste des livres canoniques bibliques.
  • L’article 4 parle du témoignage du Saint-Esprit comme base de la canonicité, ce que Cadier trouve pas clair.
  • L’article 5 traite de l’autorité des Écritures, et mentionne les symboles anciens. La Rochelle confesse le symbole d’Athanase que Calvin a rejeté en 1537.
  • Pour les 35 autres articles, le texte de Calvin est adopté sans grande modification.

À la fin du synode, la confession de foi fut signée en trois exemplaires : un pour l’Église du Béarn pour Jeanne d’Albret ; une pour l’Église de Genève pour Théodore de Bèze, et pour l’Église de France représentée par Coligny et les autres. Seul l’exemplaire de Genève subsiste de nos jours. C’est la seule confession de foi que les Églises réformées de France aient jamais eu.

Après le synode de la Rochelle

Elle ne manqua d’être modifiée qu’une fois, en 1603 au synode de Gap pour rajouter un paragraphe sur l’antéchrist (au § 31) :

Puisque l’évêque de Rome, s’étant dressé une monarchie dans la chrétienté, en s’attribuant une domination sur toutes les Églises et les pasteurs, s’est élevé jusqu’à se nommer Dieu, à vouloir être adoré, à se vanter d’avoir toute-puissance au ciel et en terre, à disposer de toutes choses ecclésiastiques, à décider des articles de foi, à autoriser et interpréter à son plaisir les Écritures, à faire trafic des âmes, à dispenser des voeux et serments, à ordonner de nouveaux services de Dieu ; et pour le retard de la police à fouler aux pieds l’autorité légitime des magistrats, en ôtant, donnant et changeant les royaumes, nous croyons et maintenons que c’est proprement l’antéchrist et le fils de perdition prédit dans la Parole de Dieu, sous l’emblème de la paillarde vêtue d’écarlate assise sur les septs montagnes de la grande cité etc.

Malgré le vote du synode, il ne fut pas vraiment ajouté dans la confession de foi.

Même si elle garda officiellement toute son autorité à travers la période du Désert (XVIIIe siècle), elle n’était de fait plus utilisée au XIXe siècle. Lors d’une assemblée générale des Églises réformées de France en 1848, Frédéric Monod (le fondateur des Églises « libres ») et Agénor de Gasparin ont demandé à ce qu’il y eût une confession de foi comme base d’organisation et de discipline ; c’est donc que la Rochelle n’était plus utilisée, bien qu’elle ne fût jamais officiellement abrogée.

Conclusion

Conclusion de Jean Cadier :

Pouvons-nous en terminant formuler un vœu ? C’est que l’on ne se contente pas à l’heure de parler avec respect, avec éloge, avec emphase de la Confession de foi de la Rochelle. Mais aussi qu’on la lise. Beaucoup en parlent qui ne l’ont jamais lue. L’étude qu’ils en feraient ne pourrait cependant leur être que très enrichissante. […] On parle beaucoup en notre temps de pluralisme, on y voit le caractère de l’Église réformée. Cela n’est pas nouveau. En 1848 et 1872, certains avec d’autres termes tenaient le même langage. Mais la confession restait là debout, intangible. Là parlait la véritable Église réformée, celle des confesseurs et des martyrs, celle des plus grands théologiens et celle des plus humbles fidèles, liés à la parole de Dieu. Cette Église est toujours la nôtre. Et comme le disait le modérateur du Synode de la Rochelle, Théodore de Bèze, répondant en une autre circonstance à l’inconstant Antoine de Bourbon : « C’est une enclume qui a brisé bien des marteaux ». Forte parole qui est à l’origine du distique célèbre: Plus qu’à me frapper on s’amuse, tant plus de marteaux on y use.

Je me permets de répondre : me voici, prêt à prêter serment de vivre et mourir en cette confession.

Étienne Omnès

Mari, père, appartient à Christ. Les marques de mon salut sont ma confession de foi et les sacrements que je reçois.

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