Apprendre à raisonner (47) : Qu’est-ce que la raison ?
3 décembre 2022

Cet article est le quarante-septième d’une série consacrée à la logique classique (ou aristotélicienne, c’est-à-dire développée par Aristote). Dans le quarantesixième, j’ai présenté les différents types d’oppositions à travers un schéma classique depuis l’Antiquité : le carré des oppositions. Dans cet article, j’expliquerai ce que signifie la raison, partie du mot raisonnement. Comme d’habitude, je reprendrai énormément le contenu du livre Socratic Logic de Peter Kreeft, des pages 186-187.


Définition

Avant d’aller plus loin, on verra d’abord une définition de la raison (humaine). C’est un mot (une racine) qui apparaît dans raisonnement. En général, nous utiliserons raison pour parler de la raison humaine et non pas de celle des anges par exemple.

La raison (au sens traditionnel aristotélicien) est un ensemble de capacités qui regroupe :

  1. La sagesse
  2. L’intuition
  3. La compréhension des natures/essences des choses (l’appréhension simple : la première opération de l’esprit)
  4. La connaissance de soi
  5. La conscience morale (du bien et du mal)
  6. L’appréciation de la beauté
  7. Le raisonnement (troisième opération de l’esprit).

Nous verrons dans les deux prochaines parties en quoi l’homme est différent par sa raison des anges et des animaux. C’est-à-dire, pour faire simple, pourquoi il est inférieur aux anges quant à sa connaissance, mais supérieur aux animaux1.

La différence entre l’homme et les anges

L’homme a beau être doté d’intelligence, celle-ci est assez limitée si on la compare à celle des anges2. En effet, nous (les hommes) devons :

  1. Passer par nos cinq sens (la sensibilité, le sensible) et
  2. Procéder par étapes dans notre connaissance pour connaître de nouvelles choses (passer de prémisses à une conclusion).

Contrairement à nous, les anges n’ont ni besoin de sens (ils n’en ont en fait pas étant immatériels) ni de passer par plusieurs étapes. Ils peuvent acquérir leur savoir de manière immédiate/directe en « se connectant aux pensées de Dieu » par une sorte de « télépathie mentale ».

Que, pour arriver à l’acquisition de la vérité, notre intelligence doive se condamner à une marche parfois longue et pénible, faire des détours sinueux, quémander l’aide d’un tiers, c’est une imperfection. Aussi bien, à ce point de vue, on peut appeler le raisonnement acte imparfait. Dieu, les anges et les saints au ciel ne raisonnent pas. Ils ont la connaissance immédiate des choses.

Arthur Robert, Leçons de logique, Québec : Action Sociale limitée, 1915, [1re éd. 1914], p. 35.

La différence entre l’homme et les animaux

L’homme dépasse les capacités intellectuelles des animaux car il peut acquérir avec certitude des connaissances qui dépassent le domaine sensible à l’aide de raisonnements déductifs et qui sont :

  1. Les essences des choses (les universaux) par le pouvoir de l’abstraction.
  2. Les propositions universelles comme 2 + 2 = 4 ou « Tous les hommes sont mortels. »
  3. Les propositions nécessaires et immuables (en plus d’être universelles) comme 2 + 2 = 4 ou « Tous les hommes sont mortels. ».

Illustration : Éducation d’Alexandre par Aristote, gravure de Charles Laplante, publiée dans le livre de Louis Figuier, Vie des savants illustres – Savants de l’antiquité (tome 1), Paris, 1866, pages 134-135.

  1. En ce qui concerne les animaux, j’avais déjà mentionné quelques différences dans cet article précédent.[]
  2. Qu’ils existent réellement importe peu ici : ils servent seulement à titre de comparaison.[]

Laurent Dang-Vu

Etudiant en maths/info, passionné par la théologie biblique qui me permet d'admirer la beauté et la cohérence de la Bible comme une seule grande histoire, par l'apologétique culturelle (l'analyse d'oeuvres culturelles, films/jeux/anime/littérature à la lumière de la foi) et par la philosophie thomiste pour ses riches apports en apologétique.

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