Contre le principe d’avoir des images en Eglise – Turretin (11.9)
9 février 2026

Est-il légitime de rendre un culte religieux aux images de Dieu, de la sainte Trinité, de Christ, de la Vierge et des autres saints ? Nous le nions contre les papistes.

Dans cette question, nous discutons seulement du principe de rendre un culte aux images. Nous discuterons de l’usage des images dans l’Église à la question suivante.

Formulation de la question

Nous ne nions pas que les images soient valorisées en tant qu’œuvres d’art. Mais nous sommes contre toute utilisation religieuse de celles-ci. Nous savons que tous les catholiques ne sont pas d’accord sur le mode d’utilisation des images. Certains assument frontalement les superstitions les plus crasses, tandis que beaucoup aujourd’hui essaient de modérer la doctrine en faisant des distinctions vides, ou en disant que ce n’est qu’un moyen de focaliser sa pensée. Quant à nous, c’est le principe fondamental d’utilisation religieuse des images que nous rejetons.

La doctrine romaine tridentine établissait la chose suivante :

  • Session 25 du Concile de Trente : il est commandé aux évêques d’enseigner l’invocation des saints, l’honneur aux reliques, et l’usage des images, et de poursuivre tous ceux qui enseignent autrement ; cela a été ratifié contre les opposants aux images par les décrets des conciles, particulièrement au deuxième concile de Nicée.
  • Second concile de Nicée (787), canon 7 : « Nous pensons que les images des anges glorieux et des saints doivent être adorées. Si quiconque cependant n’y est pas disposé, mais renacle et hésite au sujet de l’adoration des images dignes de vénération, le saint et vénérable synode l’anathémise. »

Dans la pratique, les opinions des théologiens soutiennent ces pratiques :

  • Thomas d’Aquin affirme qu’un culte de latrie doit être rendu à la croix de Christ (Somme Théologique III, Question 25, article 3).
  • Bellarmin soutient qu’un culte doit être rendu aux images, non seulement à la réalité spirituelle qu’elles représentent, mais aux images en elles-mêmes (De Reliquiis et Imaginibus Sanctorum).
  • Liturgies du XVIIe siècle : « Je te salue ô Croix, notre unique espoir en ce temps de la Passion, augmente la justice des pieux et accorde le pardon aux coupables. »

Argumentation principale

1. La loi de Dieu l’interdit

On ne trouvera pas de commandement plus explicite que le deuxième commandement :

  • Exode 20,4-5 : « Tu ne te feras pas de sculpture sacrée ni de représentation de ce qui est en haut dans le ciel, en bas sur la terre et dans l’eau plus bas que la terre. Tu ne te prosterneras pas devant elles et tu ne les serviras pas… »
  • Lévitique 26,1 : « Vous ne vous ferez pas de faux dieux, vous ne vous dresserez ni sculpture sacrée ni statue… pour vous prosterner devant elle… »
  • Deutéronome 4,15 : « Puisque vous n’avez vu aucune représentation le jour où l’Éternel vous a parlé… veillez attentivement sur vous-mêmes. »

2. Le culte aux images est idolâtre

Les prophètes eux-mêmes qualifient le culte aux images d’idolâtrie :

  • Ésaïe 2,8 : « Son pays est rempli de faux dieux : ils se prosternent devant ce que leurs mains ont fait… »
  • Exode 32,4-5 : L’épisode du veau d’or montre que même si l’intention est de célébrer « une fête en l’honneur de l’Éternel », la représentation matérielle est punie.
  • 1 Rois 12,28 : Jéroboam installe des veaux d’or en disant : « Israël, voici tes dieux ». Ce schisme est reproché à chaque roi par la suite.

Réponse à l’objection : Les catholiques disent souvent qu’ils n’adorent pas l’image mais celui qu’elle représente. Or, le second commandement interdit tout usage religieux des images, qu’il soit direct ou relatif. Les Israélites au pied du Sinaï n’adoraient pas l’or du veau, mais le Dieu qui les avait sortis d’Égypte à travers cette forme ; ils furent pourtant condamnés.

3. C’est impossible

Soit nous adorons les images pour elles-mêmes, soit pour ce qu’elles représentent.

  • Il est contraire à la dignité de l’homme d’adorer des objets irrationnels (Psaumes 115,18 ; Ésaïe 40,18).
  • Il est interdit d’adorer Dieu à travers une image (2e commandement) ou de rendre un culte aux saints (Turretin 11.7).

4. C’est contraire à la Tradition

Les Pères de l’Église s’opposaient au culte des images : Origène, Tertullien, Clément d’Alexandrie, Lactance, Épiphane (qui déchira un voile peint), Jérôme et Augustin. Le Concile d’Elvire (canon 36) interdit explicitement que des objets de culte soient peints sur les murs des églises.

Des savants catholiques ont d’ailleurs reconnu ce point historique :

  • Cassander (XVIIe siècle) : « Il est certain qu’au début… il n’y avait pas d’usage des images. »
  • Érasme : « Jusqu’à l’époque de Jérôme, il y avait des hommes d’une piété reconnue qui n’introduisaient aucune image dans les temples… pas même du Christ. »
  • Polydore Virgile : « Presque tous les anciens Pères condamnaient le culte des images en raison de leur peur de l’idolâtrie. »

En Occident, l’introduction fut progressive et contestée par Serenus de Marseille, Charlemagne (Concile de Francfort, 794) ou encore le Synode de Paris (825). Même avant la Réforme, des figures comme Gerson, Gabriel Biel ou Catherine de Médicis demandaient le retrait des images pour revenir à la pureté antique.

Réponses aux objections

Objection : Les Chérubins et le serpent de bronze.

« Du cas des chérubins et du serpent d’airain, la conséquence ne s’applique pas aux images. L’un est un symbole, un emblème et un type de quelque chose (comme le serpent d’airain était un type du Christ) ; l’autre est une image. De plus, ni les chérubins, ni le serpent d’airain n’étaient adorés (Vasquez lui-même le confessant). Dieu a certes promis qu’il répondrait à Moïse d’entre les chérubins (Exode 25,22), mais nulle part il ne commande de les adorer ; ils n’étaient d’ailleurs pas exposés au culte, étant hors de vue du peuple, au-dessus de l’arche dans le lieu très saint. Quant au serpent d’airain, loin qu’il y eût une obligation de l’adorer, il fut même abattu et brisé en morceaux par le roi Ézéchias dès que les Juifs commencèrent à lui rendre un culte (2 Rois 18,4). »

Objection : L’honneur est transmis au modèle (prototype).

« L’honneur de l’image ne passe pas au prototype et à l’exemple, à moins que celui-ci (qui est l’exemple) ne l’ait ainsi voulu ou ordonné. Mais si, au contraire, il a interdit qu’aucune image de lui-même ne soit faite ou honorée, il est traité de manière injurieuse si quiconque va contre sa volonté. C’est ce que nous maintenons que Dieu a fait ici. Une bonne intention ne saurait suffire, car la bonté d’une œuvre ne doit pas être jugée par l’intention de celui qui l’accomplit, mais par le commandement du législateur. »

Étienne Omnès

Mari, père, appartient à Christ. Les marques de mon salut sont ma confession de foi et les sacrements que je reçois.

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