Théologie

Étudier la théologie vs. Mettre en pratique ?

Un des pires conseil que j’ai pu recevoir alors que je commençais à m’intéresser à la théologie au début de ma vie chrétienne fut de « mettre en pratique » plutôt que d’étudier la théologie. Je pense, en effet, que dire cela à un jeune chrétien n’est d’aucune utilité et n’accomplit pas le but espéré.

Étudier la théologie fait partie de la mise en pratique

Une première raison pour laquelle ce conseil est mauvais est qu’étudier la théologie fait partie de la mise en pratique. Chercher à comprendre la volonté de Dieu, qui il est, ce que Jésus a fait et comment cela impacte toute l’existence est une idée profondément biblique, un commandement divin et c’est déjà obéir à Dieu. Cela nécessite déjà de vaincre sa paresse, de soumettre son intelligence et de persévérer dans l’étude. Opposer mise en pratique et étude de théologie reviendrait à me dire « sois un médecin au lieu d’étudier la médecine ! ».  La vie chrétienne nécessite une préparation qui passe par la méditation de la Parole de Dieu selon tous les outils qui sont disponibles, outils historiques, linguistiques et rationnels compris.

Étudier la théologie est un moteur de la mise en pratique

Au fur et à mesure que les années ont passé, j’ai commencé à remarquer deux choses : 1) mes plus grands progrès dans la sainteté, la victoire sur le péché, la joie en Dieu et l’amour du prochain sont corrélés à des découvertes théologiques et 2) parmi ceux qui s’intéressent à la théologie, de manière générale, on trouve plus de personnes motivés par la mission, le ministère dans l’Eglise, l’enseignement, la mémorisation de la Bible, la prière, l’importance de l’Eglise locale, l’importance de la pratique du chant en Eglise, l’engagement social et culturel du chrétien. Bref, de manière générale, une bonne théologie mène à une bonne pratique.

Il est vrai, comme aimait le dire R.C. Sproul, qu’une vérité peut atteindre la tête sans atteindre le coeur. Mais, s’empressait-il d’ajouter, une vérité ne peut atteindre le coeur sans atteindre la tête. Dieu ne nous enseigne pas en nous infusant miraculeusement son Evangile. C’est par l’écoute de la Parole, nous dit Paul, que vient la foi. C’est par des moyens humains que Dieu agit. Il nous a donné une Parole avec des mots humains, dans un contexte particulier, faisant appel à des notions et des concepts précis et avec une relation particulière entre les différents textes composant la Bible. Le fait même que la Bible existe nous démontre que Dieu veut que nous étudions. Car il nous a donné un texte qui appelle et nécessite l’étude pour être compris.

Dieu n’est pas intéressé par la « mise en pratique »

On ferait grandement erreur si l’on croyait, avec une apparence d’humilité, que Dieu préfère celui qui passe le balais à l’Église plutôt que le théologien dans ses livres. C’est peut-être beau à dire, mais c’est tout simplement faux. Il est possible d’accomplir un service apparemment humble le coeur plein d’orgueil, peut-être même un orgueil nourrit de l’apparence d’humilité. « Je te remercie, ô Dieu, que je ne suis pas un théologien à la tête pleine, comme celui-là. J’évite soigneusement les bibliothèques, je balaie humblement mon église et j’ai une foi d’enfant » (Cf; Luc 18:9-14).

Ce ne sont pas des « pratiquants » que le Père recherche, mais des adorateurs (Jean 4:20ss.). Balayer peut être un acte d’adoration, étudier le grec et la philosophie aussi. Ne méprisons ni les vocations simples, ni les vocations intellectuelles. Dieu nous a créé avec un intellect, ce n’est certainement pas pour qu’on ne l’utilise pas.

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Adorer Dieu de toute sa pensée

Étudier la théologie et mieux comprendre la Parole fait donc partie de l’adoration. En effet, nous ne sommes pas seulement appelés à aimer Dieu de toutes nos forces mais aussi de toute notre pensée. Cela comporte aussi le fait d’avoir des raisonnements, des idées, des concepts qui sont soumis à la révélation que Dieu nous a donné, tant par sa création que par sa Parole qui témoigne du Christ. La théologie culmine dans l’admiration et nourrit l’adoration. Quand on étudie quelque chose d’aussi grand et magnifique que Dieu, l’aboutissement de cette étude sera toujours un coeur transformé, si son Esprit oeuvre en nous.

Opposer théologie et pratique, c’est nier que Dieu est si beau que mieux le comprendre transforme. Ne pas vouloir en savoir plus sur Dieu, c’est manquer d’amour pour lui et il faut s’en repentir plutôt que d’appeler les autres à nous rejoindre dans notre « mise en pratique ». Vouloir en savoir plus sans vouloir faire l’effort de l’étude, c’est de la paresse intellectuelle.

En réalité, je ne conçois pas de « vie spirituelle » en dehors de ma « vie intellectuelle ». Ma vie spirituelle consiste à mieux comprendre qui Dieu est, à en être émerveillé et, « en contemplant la gloire de Dieu sur la face de Christ », comme dit Paul, à être transformé. Évidemment que cela conduit à des changements concrets, mais ces changements viennent en second. Voilà pourquoi Paul commence ses épitres par la doctrine avant de donner des prescriptions pratiques.

« Je ne veux pas, mes frères, que vous ignoriez… »

Cette phrase revient comme un refrain dans les épîtres de Paul. Si le Christ nous apprend à être comme des enfants dans la foi, cela ne veut pas dire que nous devons être des enfants dans notre intelligence. Au contraire, Paul dit précisément le contraire : « Pour ce qui est de la malice, soyez des enfants ; mais pour ce qui est du raisonnement, soyez des hommes accomplis » (1 Cor 14:20).

Et remarquons que cette phrase, ce que Paul ne veut pas que nous ignorions, ne concerne pas seulement les vérités cardinales de l’Evangile. Paul l’utilise avant de parler du mystère d’Israël en Romains 11:25, du retour de Christ en 1 Thessaloniciens 4:13, des dons de l’Esprit en 1 Corinthiens 12:1, de la façon dont les juifs ont été jugés en 1 Corinthiens 10:1. Et même Pierre utilise cette expression pour parler du retour du Christ (2 Pierre 3:8). Ainsi, même sur des sujets aussi débattus, Paul ne veut pas que nous soyons dans l’ignorance.

La théologie : une sécurité

Sans l’étude de la théologie, j’aurai certainement perdu la foi. Mais puisque Dieu garde ses élus dans la foi jusqu’à leur mort, il a mis sur ma route beaucoup de livres de théologie. En effet, les philosophies athées, les autres religions et les sectes opposent toutes des raisonnements et objections à la foi chrétienne. Si je n’avais pas appris à mieux connaître cette foi, j’aurai été emporté, incapable de répondre à ces objections et de calmer les doutes qui pouvaient naître. Loin d’être un danger, la théologie peut très bien être le moyen par lequel Dieu nous fait tenir ferme.

Le bon dans ce conseil

Une des choses admirables chez Thomas D’Aquin, c’est son amour de la vérité. En fait, il a tellement aimé la vérité que lorsqu’un opposant théologique disait 99% d’erreur et 1% de vérité, Thomas allait chercher cette vérité et ne se contentait pas de répondre à l’erreur. Sa méthode est parfois résumée par le proverbe « ne jamais nier, rarement affirmer, toujours distinguer ». Ici, pour suivre sa méthode, j’aimerai aller chercher le vrai qui peut se trouver dans ce mauvais conseil.

La Parole nous dit en effet, « cesse, mon fils, d’écouter l’instruction, si c’est pour t’éloigner des discours de la sagesse » (Proverbes 19:27). Ce que ce proverbe dit, c’est qu’il nous faut cesser d’écouter l’instruction (théologique ou pratique !) si c’est pour ne pas la suivre. Il vaut mieux, en effet, ne pas obéir par ignorance que de désobéir en connaissance de cause. Sinon, nous dit Jacques, nous serions comme une personne qui oublie même son reflet dans le miroir. Mais remarquons que la solution n’est pas l’ignorance, la solution est l’obéissance. Ainsi, lorsque ce mauvais conseil me sera donné à nouveau, je me souviendrai de ce qu’il y a de vrai en lui, convaincu que toute vérité vient de Dieu, même quand les hommes ou le diable l’ont mêlé à l’erreur.

Une bien meilleure approche

Si vous avez vraiment à coeur un jeune qui s’intéresse à la théologie et que vous voulez l’encourager au service chrétien, ne le découragez surtout pas d’étudier et demandez-lui pardon si vous l’avez fait. Bien plutôt, priez pour lui, reprenez-le quand il pèche, exhortez-le par les vérités qu’il étudie à servir. Apprenez-lui à mettre au service de l’Eglise ce qu’il a appris. Cela sera bien plus efficace et conforme à la volonté de Dieu. Et, si vous êtes tenter de lancer un « mets plutôt en pratique », remettez-vous en question : cette phrase facile ne masque-t-elle pas votre propre paresse intellectuelle ? Qu’avez-vous étudié dans la Parole ces derniers temps ? En quoi votre vision de Dieu a été renouvelée par sa révélation ?

La théologie : pour tous et par vocation

« Tout le monde est un théologien » disait R.C. Sproul. Ce qu’il veut dire par cela, c’est que dès qu’une personne dit « Dieu est… » ou « la Bible dit… », cette personne fait de la théologie. Même l’athée qui dit que Dieu n’existe pas est en train d’affirmer quelque chose sur Dieu, il fait donc de la théologie. Ainsi, la théologie (tout comme la philosophie, d’ailleurs) est inévitable, autant donc faire de la bonne théologie.

Il est vrai toutefois, que nous ne sommes pas tous des « théologiens » au sens fort du terme. « Théologien » peut désigner ceux qui ont un parcours académique en théologie, ceux qui sont passionnés de théologie, ceux qui enseignent dans l’Église, etc. En tout cas, une chose est claire : si nous sommes tous appelés à mieux connaître Dieu et sa volonté telle qu’elle est révélée en Jésus-Christ dont la Parole nous rend témoignage, nous ne sommes pas tous appelés à l’étudier de la même manière. Pour certains, cela impliquera d’apprendre le grec ou la philosophie, pour d’autres, cela impliquera d’écouter attentivement l’enseignement apporté le dimanche, pour d’autres encore de lire beaucoup. Mais personne ne doit mépriser celui qui cherche à mieux comprendre Dieu selon les ressources qui lui sont données.

Au jeune théologien

Si donc tu es aussi passionné de théologie et que tu as reçu ce mauvais conseil, sois patient avec ceux qui te l’ont donné. Montre toi obéissant à la Parole et ils constateront d’eux-mêmes que la doctrine divine produit des fruits divins. Persévère dans l’étude, sachant que par elle tu glorifies Dieu. Et poursuis la sainteté, car c’est dans le cadre de cette poursuite que ton intelligence saura se soumettre aux vérités révélées dans la Parole. La sainteté ne va pas t’apprendre le grec, mais le péché peut très bien te faire rejeter et chercher des détours devant une vérité clairement exprimée dans la Bible.

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Étudiant en médecine, passionné de théologie et marié à la meilleure femme du monde. Vous entendrez souvent dans ma bouche "Thomas D'Aquin", "Jean Calvin" et "Vive la scolastique".

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