L’éthique chrétienne de la sexualité et de la procréation #3 : les données bibliques
30 décembre 2020

Après avoir introduit la série d’articles et expliqué en quoi la question de la sexualité et de la procréation se posait de manière plus aiguë aujourd’hui et avant de poursuivre en exposant les grands principes devant guider notre réflexion, je propose ici un sommaire des données bibliques qui sous-tendront, avec la loi naturelle, les principes évoqués. Le but de l’article n’est pas encore d’argumenter mais de présenter les données bibliques à partir desquelles nous aurons à réfléchir. Je vous encourage, particulièrement pour cet article, à consulter les notes de bas de page.

La dignité de la vie humaine

“Tu ne commettras pas de meurtre”, commandement issu tant de la loi naturelle1 que de la révélation biblique2, rend explicite l’attitude à avoir vis-à-vis de la vie humaine. La dignité de la vie humaine est fondée sur la création de l’homme en tant qu’image de Dieu3, lui qui est le plus digne.

Tout comme dans l’interdiction de voler est incluse la nécessité de travailler afin de pouvoir donner généreusement à celui qui est dans le besoin4, tout comme dans l’interdiction de commettre l’adultère est incluse l’interdiction de convoiter la femme de son prochain dans son regard et son cœur5, ainsi l’interdiction du meurtre implique la protection de la vie, l’interdiction de porter atteinte à l’intégrité physique et la santé de son prochain6.

En Genèse 9:5-7, la dignité de l’homme fondée sur sa création à l’image de Dieu, la peine capitale pour meurtre7 et l’ordre de se multiplier sont mis côte à côte.

Croissez et multipliez

L’ordre créationnel, l’institution du mariage et la distinction des genres dans le livre de la Genèse sont couronnés8 par le commandement explicite de croître et de se multiplier. C’est ainsi que les premiers hommes peuvent étendre le jardin-temple9 et devenir co-régents avec Dieu sur la terre entière. Cet ordre subsiste tant que subsistent le mariage, la terre et l’ordre créationnel. Il n’est jamais abrogé dans la Bible10 mais, au contraire, il est réaffirmé après la chute11 et tout au long de la révélation, les enfants sont vus comme une bénédiction12 , la stérilité comme disgrâce13 et l’ordre est revêtu d’une nouvelle dimension après la chute et l’établissement d’une alliance de grâce, en lien avec la promesse d’une descendance bénie14.

Cette nouvelle dimension s’exprime entre autres par le mandat de faire des disciples15. C’est, en somme, demander à l’Église de croître et de multiplier. Il ne faudrait pas conclure de cela qu’il faille opposer faire des enfants et faire des disciples. L’un est un moyen d’accomplir l’autre et l’un précise, après la chute, ce qu’implique l’autre. En effet, Dieu veille d’une manière particulière sur la descendance des croyants16 pour qu’ils soient faits disciples du Christ par le baptême et l’enseignement17. Le but originel du commandement de croître étant d’étendre le règne de Dieu sur terre, on comprend qu’après la chute, il ne suffit plus de faire des enfants pour accomplir ce but, encore faut-il faire de ses enfants des disciples. Ainsi, les deux mandats, bien loin de s’annuler, se soutiennent et se complètent l’un l’autre.

Les enfants sont un don et une bénédiction

Les enfants sont un don de Dieu,
Un héritage merveilleux.
Ils sont des flèches dans ta main
Et ta fierté sur le chemin.

Psaume 127 — Psautier de Genève

Le psaume 127 figure peut-être sur certains faire-part de naissance. En effet, il déclare que les enfants sont une bénédiction et il n’est pas le seul psaume à le faire. Alors que nous allons parler de contraception dans les chapitres à venir, il est bon de se souvenir que les enfants sont plus des bénédictions à savoir accueillir dans de bonnes conditions que des fléaux et entraves à notre confort individuel qu’il faudrait éviter à tout prix18.

La logique du psaume 127 n’est pas seulement de nous présenter les enfants comme un “héritage de l’Éternel” et une “récompense”. Le psaume ajoute une bénédiction particulière. Tout comme le psaume 1 déclare “heureux” ou “béni” celui qui médite la loi de Dieu, ce psaume déclare heureux celui qui “a rempli son carquois”. L’image est claire. Les enfants sont “comme les flèches dans la main d’un héros” et il vaut mieux avoir beaucoup de flèches dans son carquois lorsque nous partons en guerre. Ainsi, les enfants sont une bénédiction et avoir beaucoup d’enfants est une grande bénédiction19.

Dieu pourvoit

Dieu n’ordonne pas des choses sans pourvoir pour qu’on puisse les accomplir20. Élever des enfants est un défi pratique, économique et spirituel quotidien21. Mais c’est loin d’être une chose hors de la portée de notre Dieu. S’il y a un temps pour tout, un discernement et une sagesse à exercer, c’est néanmoins toujours le temps de la foi et de la confiance en Dieu22.

Nous avons considéré jusqu’alors des données et principes bibliques qui nous sont familiers, tournons-nous désormais vers d’autres données liées à notre discussion et que nous ne devrions pas ignorer ici.

Quel fut le péché d’Onan ?

Genèse 38:8-10 nous rapporte qu’Onan, obéissant à son père, alla prendre la femme de son défunt frère pour lui assurer une descendance. Mais Onan, afin de ne pas engendrer des enfants qui ne seraient pas à lui, “se souillait à terre lorsqu’il allait vers la femme de son frère”. Sa conduite déplut à l’Éternel qui le fit mourir.

Ce texte peut-il nous apprendre des choses par rapport à notre discussion sur la procréation ? Il faut ici être prudent. En lecture superficielle, on pourrait y voir une condamnation directe du “retrait contraceptif”. La situation est en fait plus compliquée. En effet, en Deutéronome 25:5-10, la fameuse loi du lévirat ordonne qu’un frère doive donner une descendance à son défunt frère s’il le peut. Mais nous nous situons avant le don de cette loi du lévirat. Il est possible que Dieu ait donné des dispositions particulières avant la loi mosaïque, et que Moïse le mentionne ici sachant que le livre de la Genèse précèderait le reste du Pentateuque et du don de la Loi23. Il est tout aussi possible que la loi du lévirat, voire cette potentielle disposition anticipant la loi mosaïque, ait un fondement naturel. Autrement dit, que la conduite d’Onan déplaise à l’Éternel non pas uniquement en raison de dispositions contextuelles mais aussi à cause de la nature intrinsèquement mauvaise de son acte. Il est encore possible qu’il soit ici fait référence à une loi en cours dans le pays des patriarches. Mais cela ne suffit pas à expliquer le jugement de Dieu à l’égard d’Onan. Il est possible que si une telle loi existait, elle soit elle aussi fondée sur un principe naturel expliquant le jugement divin. Cette référence à l’ordre naturel dans ce texte est l’interprétation unanimement suivie par les Pères, les médiévaux et les protestants jusqu’à une époque relativement récente24. Il y a, à mon avis, trop peu de données dans ce texte pour trancher sur l’existence d’un fondement naturel à cette loi et notre interprétation dépendra donc fortement de la place que l’on accorde à la loi naturelle et de notre interprétation d’autres textes bibliques. Notons toutefois que l’action d’Onan en elle-même est désignée comme une souillure.

La stérilité comme disgrâce

Il est bien connu que plusieurs femmes dans les pages des saintes Écritures connurent la stérilité et implorèrent Dieu de les en délivrer. Ainsi, en commentant Genèse 17, Luther relève25 :

Les saintes femmes d’autrefois ont toujours considéré l’enfantement comme un signe manifeste de la grâce divine. Rachel est amère et dans un grand trouble, lorsqu’elle dit à son mari « Donne-moi des enfants, ou je meurs ! » (Gen. 30:1). De toute évidence, elle a conscience que sa stérilité est une marque de la colère divine et c’est la raison pour laquelle elle souhaite la mort. Le Psaume 127:3 fait l’éloge de la fécondité : « Voici, des fils sont un héritage de l’Eternel, le fruit des entrailles est une récompense (c’est-­à-dire un don de Dieu) ». Certainement, c’est une grande chose que d’affirmer que les enfants sont un don de Dieu ! C’est pourquoi Anne se lamente de façon si pitoyable (1 Sam. 1:10), et que la vieille mère de Jean ne se tient plus de joie, lorsqu’elle dit : « Il a jeté les yeux sur moi pour ôter mon opprobre». Lorsque le monde allait mieux, la stérilité était considérée comme une manifestation de la colère, tandis que la fécondité comme un signe de grâce. Cependant, à cause des excès de la luxure, cette marque de la bénédiction divine fut peu à peu obscurcie, même parmi les Juifs, de sorte qu’aujourd’hui il est commun de rencontrer des avaricieux qui ne sont pas loin de considérer une nombreuse descendance comme une punition. Il n’en demeure pas moins que les saintes mères, lorsqu’elles étaient abondamment fécondes, ont toujours su voir dans ce don le grand honneur qui leur était accordé, tout comme elles savaient que la stérilité s’apparentait à la colère et au reproche.

Si les enfants sont un don de Dieu et si un grand nombre d’enfants est une bénédiction comme le disent les psaumes, être privé d’enfants ne peut être qu’un mal. Dieu peut évidemment utiliser cette privation pour un bien supérieur tout comme il peut utiliser la faim, le dénuement, la maladie ou toutes les épreuves pour nous bénir. Mais l’ordre ordinaire des choses est que la fertilité soit une bénédiction et la stérilité une disgrâce. C’est bien comme une épreuve que les couples connaissant des difficultés pour concevoir vivent cela. Et c’est bien pour cette raison que les femmes bibliques frappées de stérilité imploraient Dieu. Dieu lui-même annonçait la stérilité comme jugement sur l’Israël inique26. Plus encore, une des promesses et bénédiction de Dieu sur Israël consiste en ce que les filles d’Israël soient fécondes27. Un des titres de Dieu est “celui qui multiplie les familles comme des troupeaux” 28. Le juste, selon le psalmiste, reçoit pour bénédiction la fécondité de sa femme29.

Là encore, laissons la parole à Luther25 :

De cela, il ne faut pas conclure que ces saintes femmes étaient remplies de concupiscence ; bien plutôt, elles désiraient une descendance, c’est­-à-dire la bénédiction. C’est la cause de l’ardent désir de Rachel, laquelle, si elle avait été comme ces femmes qu’on rencontre partout d’aujourd’hui, se serait tout simplement dit: « Qu’est-ce que cela me fait d’avoir des enfants ? pourvu que je reste la maîtresse de maison et que je possède tout en abondance, cela me suffit. » Mais Rachel désire une descendance au point de préférer mourir au fait de rester stérile. Je ne me souviens pas d’avoir lu pareille chose nulle part ailleurs. Voilà la raison pour laquelle Rachel présente l’exemple même d’une femme pieuse et chaste, dont le seul désir est de mettre au monde une descendance, même si cela signifie la mort. Sarah démontra aussi un semblable désir (Gn 16:2). Dans ces deux cas, ce sentiment est absolument louable. « Si je n’ai pas d’enfants, je vais mourir », se dit Rachel, « je préfère être privée de la vie que privée d’enfants. » […] Par conséquent, elle se trouve devant l’alternative suivante : porter des enfants ou mourir. Plus tard, elle perdra la vie en mettant au monde un enfant. Cette aspiration et ce sentiment de cette sainte femme sont bons et saints […].

La semence comme enfant potentiel

Si vous consultez une concordance biblique à la recherche du mot “semence” (en Hébreu זֶ֫רַע, zérah), vous constaterez rapidement que ce terme fait référence à deux choses le plus souvent :

  1. La semence de l’homme30 ;
  2. Les enfants d’une personne31.

De toute évidence, il y a là plus qu’une coïncidence linguistique. Tous les enfants existent un temps sous forme séminale. Il ne s’agit pas d’un potentiel purement imaginaire mais bien d’un être humain en puissance qui se trouve dans la semence. Étonnamment, l’auteur de l’épitre aux Hébreux utilise même cette réalité pour manifester la supériorité de la prêtrise de Christ, selon Melchisédek, sur celle d’Aaron. En effet, dit-il, Lévi perçoit la dîme du peuple juif. Mais Abraham, ancêtre de Lévi, a donné la dime à Melchisédek, qui lui est donc supérieur. Mais voici comment il formule cela32 : “Lévi, qui perçoit la dîme, l’a payée, pour ainsi dire, par Abraham ; car il était encore dans les reins de son père, lorsque Melchisédek alla au-devant d’Abraham.” Ainsi, John Owen, en commentant ce passage, relève33 :

La force de cet argument semble reposer sur un double principe, à savoir : que les enfants, que l’entière postérité d’un homme, se trouvent dans ses reins, avant qu’ils soient nés. Ce principe est certain, à la lumière de la nature et du bon sens : ils se trouvent en lui, comme l’effet dans sa cause ; ils n’ont d’existence future qu’en relation avec leurs géniteurs, aussi lointains qu’ils puissent être.

L’idée exprimée ici n’est pas une description biologique rigoureuse du processus de génération (Abraham n’étant pas le père mais l’arrière-grand-père de Lévi) mais une constatation de bon sens : les parents sont la cause de leurs enfants, la semence étant cause matérielle34. Abraham se situe dans la chaîne de causalité qui a permis la naissance de Lévi, et ainsi a non seulement agi comme représentant de Lévi mais Lévi lui-même, pour ainsi dire contenu en Abraham comme l’effet l’est dans la cause, a donné la dîme à Melchisédek.

La peine de mort pour les crimes sexuels

À la lecture de la Torah, nous constatons que cinq crimes sexuels ont été punis de mort, le dernier cas (celui d’Onan) ayant déjà été abordé ci-dessus. Les voici :

  • Les relations homosexuelles entre hommes (Lv 20:13) ;
  • La bestialité homme/animal (Lv 20:15) ;
  • La bestialité femme/animal (Lv 20:16) ;
  • Les relations avec une femme indisposée (Lv 20:18) ;
  • La destruction de la semence (Gn 38:8-10, voir ci-dessus).

Le point commun entre ces crimes sexuels est la stérilité de la relation sexuelle et la perte volontaire de la semence. En effet, le cas de l’homosexualité féminine, qui a lieu sans perte de semence, ne fait pas l’objet d’une pareille peine35. Nul ne doute que la stérilité de ces relations soit revêtue d’une dimension rituelle. Mais la dimension morale n’en est évidemment pas absente non plus. C’est parce que Dieu est le Dieu créateur de la vie, qu’il a ordonné l’union sexuelle comme moyen de propagation de cette vie, que ces actes ont été jugés rituellement impurs et moralement répréhensibles. Ces dispositions se comprennent mieux à la lumière de deux points relevés ci-dessus : la dignité de la vie humaine (et la peine capitale pour meurtre qui s’ensuit) dont parle Genèse 9 et la semence comme être humain en puissance.

Le déshonneur de la castration

Pour des raisons probablement similaires à celles liées aux crimes sexuels mentionnés ci-dessus (à la fois rituelles et morales), on constate que la castration fait partie des caractéristiques corporelles qui rendent un homme impur pour s’approcher de Dieu comme prêtre36, pour qu’un animal soit accepté comme sacrifice37 ou même pour qu’une personne soit dans l’assemblée d’Israël38. Ajoutons la peine particulière appliquée à la femme qui, voulant défendre son mari au cours d’une querelle, saisirait les “parties honteuses” de l’homme avec qui son mari se bat39.

Il est probable que ces actes et défauts soient considérés rituellement impurs ou moralement répréhensibles en lien avec le fait que Dieu soit l’auteur de la vie et de l’intégrité du corps humain.

“L’usage naturel de la femme”

Le premier chapitre de l’épitre aux Romains contient un passage significatif dans le cadre d’une réflexion chrétienne sur la sexualité que nous reproduisons intégralement :

C’est pourquoi Dieu les a livrés à des passions infâmes : car leurs femmes ont changé l’usage naturel en celui qui est contre nature ; et de même les hommes, abandonnant l’usage naturel de la femme, se sont enflammés dans leurs désirs les uns pour les autres, commettant homme avec homme des choses infâmes, et recevant en eux-mêmes le salaire que méritait leur égarement.

Romains 1:26-27

L’apôtre nous décrit la situation des sociétés humaines qui ont refusé d’adorer Dieu. Dieu livre alors ces hommes à leurs cœurs tortueux et ceux-ci en viennent à emprunter des chemins qui non seulement s’opposent à la volonté révélée de Dieu dans l’Écriture mais à la nature. Paul sanctionne ici l’usage de la loi naturelle en éthique que nous proposions dans notre article d’introduction40.

Mais qu’y a-t-il de fondamentalement différent, sur le plan naturel, entre une relation hétérosexuelle et homosexuelle ? Si l’on considère cette relation uniquement sous l’angle du plaisir ou même de l’affection mutuelle, la différence peut être difficilement perceptible. Mais dès lors que l’on considère la relation sexuelle sous l’angle de la procréation, la différence devient manifeste. La femme a un “usage naturel” de son corps que le bon sens perçoit. Son utérus capable de recevoir et de nourrir la vie, son cycle de fécondité, sa disposition à la lactation et “l’internalité” de ses organes génitaux manifestent clairement que le corps de la femme a notamment pour usage naturel de porter et soutenir la vie41. Une sexualité, comme l’homosexualité, qui détourne l’acte sexuel de sa finalité procréative est “contre nature” selon l’apôtre, elle prive la femme de sa fonction naturelle : accueillir et nourrir la vie.

Conclusion : La descendance et l’espérance de la résurrection de la chair

J’ai mentionné plus haut la façon dont certains opposent abusivement le mandat créationnel et le mandat missionnaire sur le sujet de la descendance. Il convient, pour répondre plus amplement, de replacer l’attente d’une descendance dans le contexte de l’espérance chrétienne. En concevant l’espérance chrétienne comme consistant à “partir au ciel” là où la Bible parle de notre espérance comme celle d’une terre à hériter42, d’un retour du Christ sur terre, nous apercevons avec difficulté le lien entre notre espérance et celle des Israélites qui apparait alors comme toute terrestre. Mais notre espérance est celle de la résurrection de nos corps. Elle est tout à la fois terrestre et céleste car le ciel viendra sur terre, Dieu habitera avec les hommes, plus réellement encore que lors de l’incarnation43.

Or la fidélité de Dieu envers le croyant au delà de sa mort, que nous confessons dans le dogme de la résurrection de la chair, est confessée dans l’Ancien Testament, notamment par le soin de Dieu envers la descendance de ce croyant après sa mort44. Le psaume 103 est le plus clair à ce sujet, plaçant dans un parallélisme poétique la bonté éternelle de Dieu pour les croyants et sa fidélité pour leurs enfants :

Mais la bienveillance de l’Éternel dure d’éternité en éternité pour ceux qui le craignent, et sa justice pour les fils de leurs fils.

Psaume 103:17

Dieu prend soin des croyants, même après leur mort, en veillant sur leur descendance et en leur assurant la résurrection de leur corps.

C’est à la lumière de cette espérance, des promesses de Dieu à notre égard et à l’égard de notre descendance et des principes bibliques énoncés dans cet article que nous poursuivrons notre réflexion éthique. Que l’auteur de la vie soit béni ! Amen.


  1. FESER Edward et BESSETTE Joseph M., By Man Shall His Blood Be Shed ; GEISLER Norman, Thomas Aquinas: an Evangelical Appraisal, p. 166 ; Thomas D’Aquin, Commentaire des Dix Commandements de la Loi et des deux préceptes de la Charité ; LEWIS C.S., L’Abolition de l’homme, voir l’appendice dans lequel Lewis montre que la plupart des civilisations se sont accordées sur l’interdiction du meurtre. Le Corpus juris civilis est unanime sur le sujet.[]
  2. Exode 20:13.[]
  3. Genèse 9:5-7.[]
  4. Ephésiens 4:28.[]
  5. Matthieu 5:28.[]
  6. Étienne Omnès liste dans un autre article quelques principes utiles lorsque nous voulons avoir une réflexion éthique sur les dix commandements que je reproduis ici :

    • La loi est spirituelle, concernant non seulement les actes externes du corps, mais aussi les mouvements de l’esprit : Il ne s’agit pas seulement de ne pas commettre l’adultère en acte, mais de s’en garder aussi dans les pensées (Mt 5.28).
    • Les préceptes négatifs contiennent les positifs les positifs contiennent les négatifs : Cela revient à dire qu’il ne faut pas seulement s’abstenir du mensonge, mais aussi dire la vérité ; non seulement honorer son père et sa mère, mais s’abstenir de les maltraiter.
    • Dans tous les préceptes, il faut reconnaître la synecdoque : Une synecdoque consiste à dire un individu pour désigner tout un genre (par ex : « le Parlement » pour désigner les 500 députés). Appliqué aux dix commandements, cela revient à dire que l’interdiction du meurtre s’étend aussi aux agressions mineures.
    • Dans l’effet, la cause ; dans le genre, l’espèce ; dans le relatif, le corrélatif est inclus : Cela veut dire qu’il n’y a pas seulement l’adultère, mais tout l’ensemble de ce qui touche à la pureté sexuelle qui est demandé dans le septième commandement (par exemple).
    • L’amour pour Dieu a la préséance sur l’amour pour son prochain : Contrairement à la démarche humaniste, nous aimons notre prochain parce que nous aimons Dieu, et cela doit guider nos relations avec nos prochains.
    • Ce qui est commandé l’est pour certaines circonstances ce qui est interdit l’est en permanence : Par exemple la soumission à nos parents s’exprime selon notre âge et notre statut : elle ne signifie pas la même chose selon que nous vivons chez eux ou non, que nous sommes adultes ou non, etc. Par contre, l’interdiction de tuer est permanente et universelle.
    • Le début et la fin de tout commandement est l’amour : le but n’est pas d’afficher sa vertu, mais d’aimer Dieu et son prochain comme il convient.[]
    • Voir FESER Edward et BESSETTE Joseph M., By man shall his blood be shed et, en français, WELLS Paul, Que dit la Bible sur la peine de mort ?[]
    • C’est sous la plume de Henri Blocher que j’ai vu pour la première fois la procréation être appelée couronnement du mariage, je ne parviens pas à retrouver la source.[]
    • WENHAM G.J., “Sanctuary Symbolism in the Garden of Eden Story,”Proceedings of the World Congress of Jewish Studies 9,1986 ; KLINE Meredith, Kingdom Prologue: Genesis Foundations for a Covenantal Worldview ; BEALE G.K., New Testament Biblical Theology: The Unfolding of the Old Testament in the New, Grand Rapids, MI : Baker Academic, 2011.[]
    • “En effet, cette parole que Dieu prononce : « Croissez et multipliez-vous », n’est pas un commandement ; elle est plus qu’un commandement, elle est une œuvre divine qu’il ne nous appartient pas d’empêcher ou de négliger, mais qui est tout aussi nécessaire que le fait que je sois un homme ; elle est plus nécessaire que de manger et de boire, de balayer et de jeter les ordures, de dormir et de veiller. C’est une complexion et une manière d’être implantée à l’homme, aussi bien que les organes qui s’y rapportent. C’est pourquoi, de même que Dieu n’ordonne à personne d’être homme ou femme, mais agit en sorte que l’on est nécessairement l’un ou l’autre, de même il n’ordonne pas aux hommes de se multiplier, mais il agit de telle manière qu’ils se multiplient nécessairement. Et si l’on empêche cette fonction de s’exercer, celle-ci ne se laisse pourtant pas brider et s’exerce néanmoins en fornication, adultère et péché secret, car c’est là une affaire de nature et non de libre choix. […] La parole de Dieu qui t’a créé et qui a dit : « Crois et multiplie-toi », cette parole vit et règne en toi ; tu ne peux d’aucune façon te soustraire à elle, sous peine de devoir commettre sans fin des péchés horribles.” LUTHER Martin, De la vie conjugale.[]
    • Genèse 9:5-7[]
    • Psaumes 107:41, 127:3-5, 1 Chroniques 26:4-5.[]
    • Exode 23:25-26, Deutéronome 7:13,14, Psaume 113:9, cf. Psaume 128:3.[]
    • Genèse 3:15[]
    • Matthieu 28:19.[]
    • Deutéronome 30:6, Psaumes 22:11, 25:13, 102:29, 103:17, 107:41, 112:2, 115:14, Actes 2:39, 1 Corinthiens 7:14[]
    • Pour un argumentaire approfondi sur le pédobaptême, voir nos articles sur la question.[]
    • Cf. LUTHER Martin, Œuvres, Genève : Labor & Fides, t. XVII, p. 354.[]
    • Cf. 1 Chroniques 26:4-5.[]
    • Cf. Genèse 22:14. Prions avec Augustin “donne-nous ce que tu ordonnes et ordonne ce que tu veux”, Confessions X, 29,40. []
    • “En outre, les conditions de travail et de logement, comme aussi les exigences accrues, dans le domaine économique et dans celui de l’éducation, rendent souvent difficile aujourd’hui la tâche d’élever convenablement un grand nombre d’enfants. […] Un tel état de choses fait naître de nouvelles questions. Étant donné les conditions de la vie moderne, étant donné la signification des relations conjugales pour l’harmonie entre les époux et pour leur fidélité mutuelle, n’y aurait-il pas lieu de réviser les règles morales jusqu’ici en vigueur, surtout si l’on considère qu’elles ne peuvent être observées sans des sacrifices parfois héroïques ?” Paul VI, Humanae Vitae, I.2.3.[]
    • « Bien que ce soit chose aisée de prendre femme, c’en est une autre que de veiller à l’entretien de celle-ci, des enfants et de la maisonnée. Ainsi, personne ne semble remarquer la foi de Jacob. Bien des hommes détestent la fertilité de leur épouse, pour la simple raison qu’ils auront à nourrir et élever leurs rejetons. Voici ce qu’ils disent couramment : « Pourquoi devrais-je me marier, si je suis pauvre ? Je ferais mieux de supporter tout seul le fardeau de ma pauvreté, sans aller me jeter dans la misère et la nécessité. » Mais c’est à tort qu’on blâme si rapidement le mariage et la fécondité. En effet, en doutant de la bonté de Dieu vous faites preuve d’incrédulité, et vous attirez sur vous-même une bien plus grande misère en faisant fi de la bénédiction divine. Si vous aviez foi en la grâce de Dieu et en ses promesses, vous recevriez assurément, à n’en pas douter, la preuve de son soutien. Mais parce que vous n’espérez pas dans le Seigneur, vous ne prospérerez jamais. » LUTHER Martin, cité par PROVAN Charles dans The Bible and Birth Control, Monongahela : Zimmer Printing, 1989.[]
    • C’est par un procédé similaire qu’on peut expliquer la présence d’animaux purs et impurs dès Genèse 7:2 et le fait qu’Abraham soit dit avoir respecté les “ordres, commandements, prescriptions et lois” de Dieu (Genèse 26:5).[]
    • Cf. les commentaires de Martin Luther et Jean Calvin, par exemple :

      « Alors Juda pressa son fils Onan de prendre pour épouse Tamar, afin de susciter une descendance à son frère. Moïse emploie ici le mot jabam, que nous trouvons aussi dans Deut. 25:5, qui signifie « se marier afin de susciter une descendance à un frère défunt ». Cette tâche n’était pas très agréable, et c’est la raison pour laquelle beaucoup cherchaient à s’en décharger, comme nous en voyons un exemple dans Ruth 4:1 et suivants, car il est difficile de vivre avec une femme pour laquelle on n’a pas d’affection particulière et cela pour perpétuer l’héritage de son frère, ce qui implique que l’on travaille et se dépense constamment pour les intérêts de ce dernier. Voilà la raison pour laquelle Onan, refusant d’accomplir l’obligation, répandait à terre sa semence. Ce péché, bien plus grave que l’adultère ou l’inceste, provoqua la colère de Dieu qui détruisit immédiatement le pécheur. » LUTHER Martin, Commentaire sur la Genèse.

      Ailleurs, Luther revient sur ce sujet : « Mais suit l’action la plus insensée d’Onan, que dis-je ! sa bassesse la plus vile. Onan devait être une crapule pleine de malice et incorrigible. Il s’agit là d’un des péchés les plus méprisables, de loin plus atroce que l’inceste et l’adultère. C’est la complète absence de chasteté. C’est péché digne de Sodome. Onan s’unit bien avec elle, mais perd volontairement sa semence afin qu’elle ne conçoive pas. Assurément l’ordre de la nature institué par Dieu en vue de la reproduction doit être respecté ; au contraire, Onan commet un très grave péché lorsqu’il frustre Tamar, enflammé qu’il était de mépris et de haine. Il refusait de se soumettre à cette charge écrasante ; par conséquent, il méritait d’être mis à mort par Dieu, puisqu’il commettait un si grand crime. Voilà pourquoi Dieu le punit… Cet homme de peu… préférait se souiller lui-même que de susciter une descendance à son frère. » LUTHER Martin, cité par Charles Provan dans The Bible and Birth Control, Monongahela : Zimmer Printing, 1989.

      « Enfin, [Onan] n’a pas seulement fraudé son frère du droit qui lui était dû mais a mieux aimé que sa semence pourrît en terre que d’engendrer un fils sous le nom de son frère. (v.10) Les Juifs barbouillent ici d’une chose honteuse avec bien peu de honte. Ce me sera assez d’en toucher un bref, autant que la vergogne permet d’en parler. C’est une chose monstrueuse que l’effusion de la semence hors de l’union de l’homme et de la femme. Et de se retirer tout exprès de la femme afin que la semence tombe en terre c’est une double monstruosité, car c’est éteindre l’espérance du lignage et tuer l’enfant qu’on espérait avant qu’il soit né. Le Saint-Esprit parlant par la bouche de Moïse condamne surtout cette impiété : c’est qu’Onan, arrachant le lignage du ventre de la mère, comme s’il l’eût fait avorter par violence, le jette en terre, se montrant aussi cruel que vilain. De plus, il s’est par ce moyen efforcé d’abolir, autant qu’il dépendait de lui, une partie du genre humain. Si quelque femme fait sortir le fruit de son ventre par des médicaments, c’est un crime irrémissible, et à bon droit : Onan s’est rendu coupable d’un forfait semblable, en infectant la terre par sa semence, afin que Tamar ne conçût un homme qui habitât la terre. » CALVIN Jean, Commentaire sur la Genèse, Aix-en-Provence : Kérygma, p. 527.[]

    • LUTHER Martin, Commentaire du livre de la Genèse, cité par PROVAN Charles dans The Bible and Birth Control, Monongahela : Zimmer Printing, 1989.[][]
    • Os. 9:10-17.[]
    • Ex 23:25-26, Dt 7:13-14.[]
    • Psaume 107:41b.[]
    • Psaume 128:3.[]
    • Gn 38:9, Lv 15:18, 32, par exemple.[]
    • Gn 46:6, Lv 22:13, par exemple.[]
    • He 7:9-10.[]
    • OWEN John, A Commentary on Hebrews. Voir son commentaire de He 13:4 pour connaître l’avis de John Owen sur la contraception.[]
    • Pour une vulgarisation du langage causal aristotélicien, voir cet article.[]
    • Sans que cela n’implique que l’homosexualité féminine soit approuvée par la loi divine. Romains 1 manifeste assez que ce n’est pas le cas, comme nous le verrons dans la suite de l’article. La convoitise sexuelle n’est pas non plus punie de mort sans être approuvée pour autant ![]
    • Lv 21:17-20.[]
    • Lv 22:20-22, 24-25.[]
    • Dt 23:1.[]
    • Dt 25:11-12.[]
    • Pour une défense exégétique de cette proposition, voir cette série.[]
    • Sur la différence entre masculinité et féminité et son lien avec les organes génitaux et la sexualité sur le plan anthropologique, voir CAMBOURNAC Isolde, La masculinité et la féminité à la lumière de l’anthropologie de Thomas d’Aquin, 2018.[]
    • Voir Mt 5:5, Ap 22:3-4, 2 P 3:13.[]
    • Ainsi WRIGHT N.T. dans The Resurrection of the Son of God étudie le lien entre l’espérance terrestre des Israélites et l’espérance chrétienne d’une résurrection corporelle. Voir en particulier le chapitre 3 de la première partie, pp.85-128.[]
    • Ps 25:13, 102:29, 103:17, 107:41, 112:2, 115:14[]

Maxime Georgel

Maxime est étudiant en médecine à l'Université Catholique de Lille. Fondateur du blog Parlafoi.fr, il se passionne pour la théologie systématique, l'histoire du dogme et la philosophie réaliste. Vous entendrez souvent dans sa bouche "Thomas d'Aquin", "Jean Calvin" et "Vive la scolastique". Il affirme être marié à la meilleure épouse du monde. Ils vivent ensemble sur Lille avec leurs deux enfants.

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