Nous n’avons pas perdu de livres canoniques — Turretin (2.7)
3 mai 2021

Avons-nous perdu un livre canonique ? Nous le nions.

Le canon est un mot qui désigne d’abord une « règle » (κανών). Il a été très tôt appliqué à la Bible, pour désigner le fait que l’Écriture est notre règle de vie et de foi. C’est ainsi qu’Irénée de Lyon appelle la Bible « règle invariable de notre foi » (Contre les hérésies, I.9) et Jean Chrysostome « l’échelle exacte, le standard et la règle en toutes choses » (homélie 13, sur 2 Corinthiens). Pour être plus précis, le canon est la liste des livres que contiennent la Bible, les Saintes Écritures.

La question qui nous préoccupe aujourd’hui est de savoir si ce canon est entier, ou bien si nous avons perdu des livres en route. Après tout, il y a une troisième épitre aux corinthiens qui n’a jamais été connue. Pour les papistes, c’est évident que des livres canoniques ont été perdus, ce qui prouve la nécessité et l’autorité de la Tradition sur laquelle il faut s’appuyer avant toute chose. Oui, cette même tradition qui aurait « perdu» des livres saints. Même chez les protestants, on peut trouver des grands noms comme Wolfgang Musculus ou William Whitaker qui défendirent cette idée, en suivant le témoignage de Chrysostome. Ce n’était pas grave selon eux, car la perfection de l’Écriture n’était pas dans le nombre 66, mais dans la plénitude des doctrines qui y sont exposées.

Cependant l’opinion la plus sûre et la plus commune est qu’aucun livre réellement canonique n’a disparu, et que s’ils ont disparu, c’est qu’ils n’étaient pas canoniques.

François Turretin, ITE 2.7.3

Argumentation (§§ 4-5)

  1. Parce que Christ a dit : « Il est plus facile que le ciel et la terre passent, qu’il ne l’est qu’un seul trait de lettre de la loi vienne à tomber. » (Luc 16,17 ; cf. Matthieu 5,18). Si même une lettre ne disparaîtra pas, alors comment un livre entier pourrait-il disparaître?
  2. À partir de la déclaration de Luc et de Paul: « commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur expliqua dans toutes les Écritures ce qui le concernait. » (Luc 24,27) et « tout ce qui a été écrit d’avance l’a été pour notre instruction » (Romains 15,4). Si cela est vrai, alors nous avons tout ce qui est utile et nécessaire pour notre enseignement, et il ne nous manque rien.
  3. À partir de la providence de Dieu qui veille sur l’Église, qui n’aurait pas permise une telle perte.
  4. À partir du devoir de l’Église qui est de préserver les oracles de Dieu et de s’attacher à eux.
  5. À partir du but des Écritures, qui ne peut être pleinement atteint sans que le canon soit intègre.
  6. À partir de la pratique des Juifs, qui étaient extrêmement pointilleux sur la transmission du texte saint. Or on ne retrouve d’autres livres canoniques ni directement, ni dans les targumîm, ni dans la traduction grecque des Septante1.
  1. La question du statut des deutérocanoniques sera traitée en 2.9.[]

Étienne Omnès

Mari, père, appartient à Christ. Les marques de mon salut sont ma confession de foi et les sacrements que je reçois.

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