Qu’est-ce que le christianisme libéral ?
30 octobre 2021

Dans cet article, je donne une définition du christianisme libéral. Même si nous avons déjà beaucoup parlé de ce type de christianisme sur notre blog (voir ici, ici, ici et ici), nous n’avons jamais présenté ce que c’est. De manière plus générale, je n’ai trouvé aucune définition précise, claire et facile sur internet1. C’est pourquoi je trouvais important de le faire ici (en m’inspirant d’un ancien article) et d’apporter ensuite quelques explications. Je précise que ce n’est absolument pas mon domaine d’étude, n’hésitez donc pas à corriger mes erreurs. Je remercie Arthur de l’équipe pour ses conseils et toutes ses sources (le gros de l’article vient de lui).


I. définition

Je commence par clarifier quelques mots compliqués. Le christianisme libéral s’appelle aussi libéralisme par opposition au fondamentalisme (christianisme conservateur). Mais libéralisme seulement au sens théologique (au niveau de la religion) et non pas économique ou politique. On appelle les Églises qui y adhèrent au christianisme libéral « Églises libérales », leurs membres « libéraux » ou « chrétiens libéraux » et leur croyances « théologie libérale ». Il y a surtout des protestants libéraux (dans le sens où ils rejettent l’autorité de l’Église catholique romaine et du pape). Mais aussi des catholiques libéraux, même s’ils n’ont alors plus grand chose de catholique2.

Voilà maintenant la définition. Les chrétiens libéraux sont ceux qui redéfinissent ou ne croient pas aux principales doctrines du christianisme3. Ce mouvement est apparu à l’époque des Lumières4 (qui rejetaient tout ce qui est surnaturel) à cause de leur influence sur l’Église. Ils rejettent tout ce qui est surnaturel (donc presque le christianisme entier5) :

  • Les miracles ;
  • L’incarnation de Jésus ;
  • Sa mort à notre place pour nos péchés ;
  • Sa résurrection ;
  • Parfois l’existence de Jésus et de Dieu ;
  • L’inspiration et l’autorité divines de la Bible ;
  • L’historicité d’Adam ;
  • La gravité du péché (le péché originel) ;
  • La justice de Dieu, l’enfer et le jugement dernier ;
  • Le mariage : c’est sûrement là que vous en avez entendu le plus parler, les Églises qui ont accepté le mariage pour tous sont libérales.

Pour eux, la foi chrétienne n’est donc plus la Bonne Nouvelle selon laquelle les hommes peuvent gratuitement être pardonnés de leurs péchés et réconciliés avec Dieu grâce à Jésus-Christ, le Fils de Dieu incarné, mort et ressuscité pour nous sauver. La foi, c’est suivre l’exemple de Jésus (qui n’est plus Dieu mais juste un sage comme Bouddha), chercher à faire le bien et la justice sociale : lutter contre les inégalités, les injustices sociales, etc.

La Bible n’est plus la Parole de Dieu, la « lettre » que Dieu nous a écrite pour se faire connaître personnellement aux hommes mais un livre d’histoire (un compte rendu) comme les autres (la Guerre des Gaules de Jules César par exemple) qui raconte ce que les hommes pensaient de la religion.

II. Les réformés et les luthériens sont-ils libéraux ?

La plupart des protestants libéraux (au moins en Europe) affirment être luthériens ou réformés. Ce qui crée encore plus de confusion dans les dénominations6 comme leur foi n’a presque rien à voir avec ce que croient et ont cru les premiers et la majorité des luthériens (Martin Luther) et réformés (Jean Calvin) qui sont tous « conservateurs ».

Ils ne le sont donc pas vraiment mais que de nom étant donné qu’ils rejettent les croyances des principales confessions de foi luthériennes (par exemple la Formule de Concorde, la confession d’Augsbourg) et réformées (par exemple la confession de Westminster).

Si les gens confondent souvent Églises réformées, Églises luthériennes et Églises libérales, c’est malheureusement parce qu’il ne reste plus beaucoup d’Églises réformées et d’Églises luthériennes « conservatrices ». Du côté réformé, il reste encore l’Union nationale des Églises protestantes réformées évangéliques de France (UNEPREF) et quelques Églises isolées (par exemple l’Église réformée évangélique d’Orvault à Nantes).

Elles ont souvent « évangélique » dans leur nom pour indiquer qu’elles continuent de croire aux mêmes vérités fondamentales que les Églises évangéliques (souvent un synonyme de baptistes). En particulier la vérité de l’Évangile en tant que Bonne Nouvelle du salut par grâce par la foi en Jésus-Christ seul. Le but de notre blog est justement de faire connaître ce qu’est réellement la foi réformée.

III. Exemples d’Églises libérales et de théologiens libéraux

Comme union d’Églises libérales, en France on a par exemple l’Église protestante unie de France (EPUdF), l’Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine (UEPAL) et la Mission populaire évangélique de France (MPEF). On compte aussi les cercles unitariens et des quakers. En Europe, beaucoup de facultés de théologie sont libérales, comme l’Institut protestant de théologie (IPT), la Faculté de théologie protestante de Strasbourg, celles de Genève et de Lausanne.

Aux États-Unis, comme facultés libérales il y a par exemple le département de théologie de l’université de Harvard, l’Union Theological Seminary, le Princeton Theological Seminary, la Yale Divinity School et la Duke Divinity School.

Comme dans tout courant théologique, il y a des théologiens connus : David Strauss, Friedrich Schleiermacher, Adolf Harnack, Ernst Trœltsch, Albert Schweitzer, Rudolf Bultmann, Paul Tillich, John Cobb, Olivier Abel, André Gounelle. Ainsi que des pasteurs ou évêques connus : Martin Luther King, John Shelby Spong, Nadia Bolz-Weber. Au travers de l’histoire, il a existé, et il existe encore énormément, de courants libéraux, par exemple :

  • Les théologiens sous l’influence du philosophe Hegel (David Strauss) ;
  • Les théologiens allemands (Schleiermacher, Harnack) ;
  • Des théologiens états-uniens à l’origine de la controverse avec les fondamentalistes comme Warfield et Torrey (épisode aussi appelé Fundamentals) ;
  • La théologie du process d’abord formulée à partir des travaux d’Alfred North Whitehead ;
  • Des théologiens européens (Bultmann, Tillich) ;
  • La théologie de la libération : un mouvement centré sur la justice sociale.

IV. Y a t-il quand même quelque chose de bon à garder ?

Malheureusement, le fait que les libéraux nient les principales doctrines de la foi chrétienne nous empêche, nous les croyants attachés à la Bible, d’accepter la grande majorité de leurs enseignements.

Il faut cependant reconnaître qu’ils peuvent dire des choses intéressantes sur la culture à l’époque de la Bible, sur les langues bibliques, sur l’archéologie, sur la forme littéraire ou poétique de la Bible (la forme, mais pas le fond ou contenu de la Bible), etc. Plus généralement sur tout ce qui est extrabiblique, c’est-à-dire le contexte culturel, littéraire, linguistique, historique et géographique de la Bible. Par exemple les travaux de Thomas Römer, professeur au Collège de France sur l’hébreu peuvent être utiles.

C’est pourquoi on peut quand même lire les libéraux et en profiter. Mais il le faire avec beaucoup de prudence et privilégier d’abord des auteurs conservateurs fidèles à l’Évangile. Je déconseille donc leur lecture aux nouveaux convertis.

V. Comment savoir si les libéraux ont vraiment tort ?

Peut-on être un chrétien « intelligent » sans être libéral ? Peut-on être fidèle à la Bible tout en restant raisonnable ? Oui. Énormément de spécialistes conservateurs ont répondu aux objections des libéraux qui sont, au fond souvent les mêmes que les non chrétiens (sceptiques, musulmans, etc.).

Par exemple : la Bible n’est pas fiable, les Évangiles se contredisent, un Dieu d’amour ne peut pas envoyer des gens en enfer, etc. Vous pouvez par exemple trouver ces réponses ici (tout sujet confondu), ici sur Jésus et l’histoire ou ici sur la résurrection de Jésus.

VI. Plusieurs ressources pour aller plus loin

Cette vidéo de David Vincent. Cet article pour mieux comprendre l’histoire du christianisme libéral et celui-ci sur leurs croyances. Cette page Facebook pour informer régulièrement sur les Églises libérales. Pour savoir en quoi les Églises libérales d’aujourd’hui croient (et ne croient pas) en France : le site de la revue Évangile & liberté, le blog des Castelnau et ce groupe Facebook.


Illustration : portrait de Friedrich Schleiermacher, théologien libéral.

  1. Si je n’avais pas trouvé par hasard le livre Fundamentalism and the Word of God de J. I. Packer dans la bibliothèque du GBU (Groupes bibliques universitaires) de Paris, je n’aurais peut-être jamais compris ce que sont les Églises libérales[]
  2. Puisque que tout catholique doit croire à ce qu’enseigne l’Église catholique romaine. Or celle-ci enseigne des doctrines conservatrices (voir la liste plus bas). Donc tout catholique intègre doit être conservateur.[]
  3. Ou au moins en leur formulations traditionnelles acceptées par la majorité des croyants depuis des siècles.[]
  4. Des écrivains et philosophes que vous avez peut-être vu au lycée : Voltaire, Diderot, Montesquieu, d’Alembert, David Hume, etc.[]
  5. Je suis conscient que cela peut sembler très bizarre pour des gens comme moi qui ont grandi dans des Églises évangéliques.[]
  6. Les différents groupes chrétiens comme les catholiques, les orthodoxes, les protestants dans lesquels il y a les baptistes, les pentecôtistes, les réformés, les luthériens, etc.[]

Laurent Dang-Vu

Etudiant en maths/info, passionné par la théologie biblique qui me permet d'admirer la beauté et la cohérence de la Bible comme une seule grande histoire, par l'apologétique culturelle (l'analyse d'oeuvres culturelles, films/jeux/anime/littérature à la lumière de la foi) et par la philosophie thomiste pour ses riches apports en apologétique.

1 Commentaire

  1. DANIEL ALEXANDRE

    En principe les libéraux affirment croire en Dieu seul et non en des doctrines car celles ci relèvent de la pensée et non de la foi. Sauf que beaucoup font de cela une doctrine … A laquelle il croient !
    Mais eux au moins n’en viennent pas a s opposer aux explications scientifiques par fondamentalisme et pseudo litteralisme

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