De la Trinité — Turretin (3.25)
7 janvier 2023

Y a-t-il dans l’unique essence divine trois personnes distinctes : le Père, le Fils et le Saint-Esprit ? Nous l’affirmons contre les sociniens.

Dans cette question, Turretin entend prouver la Trinité. Nous parlons bien d’une unité numérique de Dieu : est-ce que le Père, le Fils et le Saint-Esprit participent à une seule essence concrète, et non une divinité complète chacun ?

Autre chose : on ne prétend pas le « prouver » par la raison la Trinité.

Mais alors que ce mystère trancende les limites de la raison humaine, il ne peut être démontré qu’à partir des Écritures. […]Ce qu’il est permis de savoir concernant ce mystère ne peut être appris que par la seule parole de Dieu.

Argumentation principale (§§ 7-13)

À partir du baptême de Christ

Matthieu 3,16-17 : Dès que Jésus eut été baptisé, il sortit de l’eau. Et voici, les cieux s’ouvrirent, et il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. Et voici, une voix fit entendre des cieux ces paroles : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis toute mon affection.

Nous voyons ici en un seul regard les trois personnes distinctes de la Trinité : le Père qui n’est pas vu et se fait entendre, le Fils qui reçoit le Saint-Esprit et le Saint-Esprit descendant sur Jésus. La référence à Luc 3,16 : il vous baptisera du Saint-Esprit et de feu, montre qu’il ne s’agit pas d’une descente ordinaire du Saint-Esprit, mais une descente unique et propre au Fils, liée à sa messianité.

À partir de notre baptême

Matthieu 28,19 : Allez, faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

Nous avons ici trois personnes distinctes autour d’un seul et même nom, une seule et même autorité et puissance. L’égale divinité des trois composantes ne fait pas de doutes, car le baptême contient (1) l’autorité du Dieu qui institue et confirme ce sacrement comme sceau de notre alliance (2), la promesse de grâce et de protection qui accompagne ce sacrement (3), le devoir d’adoration et d’obéissance qui vient avec le baptême. Seul Dieu peut garantir ces choses, et aucune créature n’est à la hauteur de telles promesses.

À partir de 1 Jean 5,7

Dans certaines traductions bibliques (je tire celle-ci de la Bible de Lausanne de 1872), on retrouve en 1 Jean 5,7 : il y en a trois qui rendent témoignage dans le ciel : le Père, la Parole, et le Saint-Esprit, et ces trois là sont un.

Mais si vous regardez la grande majorité de nos bibles actuelles, ces paroles n’y sont pas, délaissées suite aux recherches de critique textuelle. Cependant, à l’époque de Turretin, la critique textuelle débutait tout juste, et nous avons déjà vu qu’il s’y oppose et privilégie le texte reçu contenant cette version de 1 Jean 5,7. On retrouve donc un appel aux autorités de l’époque (car le débat s’ouvrait tout juste) pour affirmer l’authenticité de ce passage.

À partir de 2 Corinthiens 13,13

Que la grâce du Seigneur Jésus-Christ, l’amour de Dieu, et la communion du Saint-Esprit, soient avec vous tous !

Nous retrouvons ici chaque étape du salut unique de Dieu décomposé en trois personnes selon leurs missions propres. La divinité du Saint Esprit est ici confirmée par l’égalité qui lui est accordée avec le Seigneur (titre divin) Jésus-Christ et Dieu (le Père).

À partir de Jean 15,26

Quand sera venu le consolateur, que je vous enverrai de la part du Père, l’Esprit de vérité, qui vient du Père, il rendra témoignage de moi ; Jean 15,26 ou bien encore Jean 14,16 qui est proche : Et moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre consolateur, afin qu’il demeure éternellement avec vous.

La mention de ces trois personnes ne doit pas faire oublier qu’il décrit une seule rédemption, qui vient du Père, est entamée par le Fils et complétée par le Saint-Esprit destiné à demeurer parmi les croyants et donner la rédemption acquise par Christ. Chacune de ces étapes ne peut être accomplie que par Dieu, et non par des créatures.

Objection : Christ prie le Père parce que le Père est plus grand que lui (Jean 16,28).
→ Quant à son office, pas quant à sa dignité. Le Père précède économiquement le Fils, parce que c’est le Père qui est à l’initiative de la rédemption acquise par le Fils. Mais le Père ne précède pas le Fils en essence car ils ont la même. Celui qui m’a vu a vu le Père ; ne crois-tu pas que je suis dans le Père, et que le Père est en moi ? Je suis dans le Père, et le Père est en moi, rien que dans le chapitre 14 de Jean.

À partir de 1 Corinthiens 12,4-6

Il y a diversité de dons, mais le même Esprit ; diversité de ministères, mais le même Seigneur ; diversité d’opérations, mais le même Dieu qui opère tout en tous.

Il est évident que les charismes, les ministères et les œuvres divines viennent du Dieu unique. Donc chacune des personnes distinctement mentionnées ici sont trois personnes distinctes du seul Dieu unique.

Réponses aux objections (§§ 14-27)

§ 15 : C’est incohérent de dire que Dieu est à la fois trois et un.
→ Ce serait incohérent si « trois » et « un » s’appliquaient au même objet, mais ce n’est pas le cas. « Un » ne s’applique qu’à l’essence divine, il n’y a qu’un seul être divin. « Trois » ne s’applique à rien d’autres que les personnes concrètes de cette unique essence divine.

Les principes qui sont vrais pour les natures finies ne doivent pas être transférés à l’infini ; sinon ils deviennent faux. (Par exemple : trois ne peuvent pas être un ; l’engendreur et l’engendré ne sont pas d’une seule et même essence ; le singulier et l’individuel ne peut pas être communiqué à plus d’un). Ainsi cette inférence est fausse : « Trois personnes humaines sont trois hommes, donc trois personnes divines sont trois dieux. » La raison est que ces trois personnes humaines ne partagent qu’une essence spécifique et non numérique, leur essence est semblable et non la même, car ils ont chacun leur propre essence et existence singulière ; mais les personnes divines prennent part à la même essence numérique et infinie.

François Turretin, Instituts de théologie élenctique, 3.25.16.

Étienne Omnès

Mari, père, appartient à Christ. Les marques de mon salut sont ma confession de foi et les sacrements que je reçois.

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