Alors que l’iconoclasme fleurissait à nouveau en Orient, Louis le Pieux convoqua un colloque de théologiens, couramment nommé concile de Paris, qui se tint en 825. Ce colloque examina précisément la question des icônes et de leur vénération et rendit divers jugements théologiques. Cet article vise à vous faire découvrir ce colloque, son contexte et ses jugements.
Je rappelle que cet article fait partie d’une série de notes préparatoires à un dossier sous format vidéo en cours de préparation :
- Dans ce premier article de Steven Wedgeworth, plusieurs textes des Pères opposés à la vénération des icônes sont recensés ;
- Dans ce second article, nous relevons la façon dont les Francs s’étaient opposés pendant plusieurs siècles au second concile de Nicée ;
- Dans ce troisième article, le cas de Claude de Turin, chapelain de Louis le Pieux, est présenté ;
- Dans ce quatrième article, la réception occidentale du second concile de Nicée est discutée, étudiant les textes autour du concile de Francfort (794) ;
- Un cinquième article rapporte les conclusions des deux plus grands érudits contemporains sur la crise iconoclaste, qui concluent que la vénération des icônes n’existait pas avant le VIIe siècle ;
- Un sixième article examine les anathèmes du second concile de Nicée et conclut qu’une adhésion sérieuse à ce concile implique de croire que ceux qui rejettent la vénération des icônes sont damnés ;
- Un septième article fait le point sur le consensus académique actuel, à savoir que le culte aux icônes était absent des origines du Christianisme jusqu’à la fin du VIe siècle ou la fin du VIIe siècle selon la position adoptée ;
- Un huitième article répond à l’accusation de déni de l’incarnation à l’encontre des iconoclastes.
Contexte du concile de Paris
Laissons la parole à l’historien catholique Thomas F.X. Noble pour dresser le contexte de ce colloque :
Neuf ans après que Léon V eut rétabli l’iconoclasme comme politique impériale officielle, son successeur – Léon lui-même fut assassiné en 820 – Michel II écrivit à Louis le Pieux, fils et successeur de Charlemagne. Il l’informa de l’évolution générale des événements à Byzance, lui parla brièvement du regain d’iconoclasme et tenta de solliciter son intercession auprès du pape concernant une communauté iconodule réfugiée à Rome, source de problèmes. Louis décida de réunir des théologiens clés pour un colloque […] à Paris en 825 afin de réexaminer la question des images1.
Nous ne possédons pas la liste complète des théologiens ayant pris part au colloque, mais sur la base du Libellus Synodalis Parisiensis et de la correspondance de Louis le Pieux, nous pouvons établir que la liste des participants comprenait au moins Jérémie de Sens (mort après 827), Jonas d’Orléans (mort après 843), Amalaire de Metz (mort en 850), Fréculfe de Lisieux (mort vers 852) et Halitgaire de Cambrai (IXe siècle)2.
Le contenu
Les théologiens francs, s’appuyant non seulement sur l’Écriture sainte, mais aussi sur les écrits de nombreux auteurs anciens – parmi lesquels Augustin d’Hippone (354-430), Grégoire le Grand (v. 540-604), Jérôme de Stridon (v. 347-420), Ambroise de Milan (v. 340-397), Origène d’Alexandrie (v. 185-254) et même Épiphane de Salamine (v. 315-403) – déclarèrent :
Car si, comme l’enseignent les documents susmentionnés des saints Pères, les saints anges et les saints hommes ne doivent être entourés ni de culte ni d’adoration – ce qu’eux-mêmes refusent – mais doivent être honorés uniquement par la charité et non par une servitude, et que ni temples, ni choses sacrées, ni sacrifices ne doivent être établis pour les saints martyrs, mais pour Dieu seul, d’autant plus qu’ils doivent être respectés par imitation et non adorés par un culte religieux, alors pour quelle raison ou par quelle autorité devrait-on rendre adoration aux images, les encenser, leur allumer des cierges et faire d’autres choses énumérées dans la lettre des Grecs [du deuxième concile de Nicée (787)] ? C’est pourquoi, abandonnant toute superstition, il convient que la religion de la sainte Église catholique et apostolique conserve envers les images des saints la discrétion que l’éminent docteur, le bienheureux pape Grégoire, nous a enseignée et laissée dans ses écrits, afin que nous la gardions et la suivions » 3.
Quant à la fabrication même des images (et non leur vénération), le colloque résuma sa position en ces termes :
Jusqu’à ce jour, la coutume s’est maintenue, que puisque aucune autorité ne l’ordonne, que personne ne l’ordonne ; et de même, puisque aucune autorité ne l’interdit, que personne ne l’interdise.
Ainsi, le prêtre catholique et historien Richard Price commente :
[Le concile de Paris] exprima une critique unanime à la fois contre le concile-synode de Hiéreia et contre le deuxième concile de Nicée. En référence à la lettre ad Carolum regem, on loua le pape Hadrien pour avoir condamné la destruction des images, mais on le critiqua également pour avoir encouragé leur culte. Toutefois, on observa [au colloque] qu’à la fin de cette lettre, Hadrien se mettait en accord avec la deuxième lettre du pape Grégoire le Grand à Serenus de Marseille, qui approuvait les images religieuses comme aides catéchétiques tout en rejetant leur “adoration”. Cela permit d’affirmer que Grégoire avait, à la dernière heure, sauvé Hadrien ; malgré son erreur ignorante, il l’avait préservé de “tomber dans la superstition4.”
Conclusion
Le concile de Paris réitéra la position du concile de Francfort qui s’était tenu sous Charlemagne : sans ordonner la destruction des icônes (iconoclasme), il s’opposa au culte de celles-ci par l’encens, les cierges et autres choses semblables. Il déclara également que ni des temples, ni des choses sacrées ne doivent être établis pour les saints martyrs. Ceux-ci doivent être honorés par l’imitation et non pas le culte.
- Noble, Thomas F. X., Images, Iconoclasm, and the Carolingians, The Middle Ages Series, Philadelphia, University of Pennsylvania Press, e-Book 2012 ; paperback 2013, p. 245.[↩]
- Noble, Thomas F. X., Images, Iconoclasm, and the Carolingians, The Middle Ages Series, Philadelphia, University of Pennsylvania Press, e-Book 2012 ; paperback 2013, p. 266.[↩]
- Libellus Synodalis Parisiensis 53, cité par Monumenta Germaniae Historica. Legum Sectio III. Concilia, t. 2, 2e partie, Hanovre et Leipzig, 1908, p. 497.[↩]
- The Acts of the Second Council of Nicaea (787), éd. Richard Price, Liverpool University Press, Liverpool, 2018, p. 73-74.[↩]




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