18 octobre 2025

Je produis ces derniers temps des articles sur le sujet des icônes en guise de notes préparatoires pour un long dossier vidéo sur le sujet. Après avoir produit 10 articles généraux, je passe désormais à l’examen d’une bonne vingtaine de pères de l’Église sur le sujet de la place des images dans le culte chrétien et remercie mon ami Damian Dziedzic pour son travail en polonais sur le sujet. Voici les 10 articles généraux en question :

  • Dans ce premier article de Steven Wedgeworth, plusieurs textes des Pères opposés à la vénération des icônes sont recensés ;
  • Dans ce second article, nous relevons la façon dont les Francs s’étaient opposés pendant plusieurs siècles au second concile de Nicée ;
  • Dans ce troisième article, le cas de Claude de Turin, chapelain de Louis le Pieux, est présenté ;
  • Dans ce quatrième article, la réception occidentale du second concile de Nicée est discutée, étudiant les textes autour du concile de Francfort (794) ;
  • Un cinquième article rapporte les conclusions des deux plus grands érudits contemporains sur la crise iconoclaste, qui concluent que la vénération des icônes n’existait pas avant le VIIe siècle ;
  • Un sixième article examine les anathèmes du second concile de Nicée et conclut qu’une adhésion sérieuse à ce concile implique de croire que ceux qui rejettent la vénération des icônes sont damnés ;
  • Un septième article fait le point sur le consensus académique actuel, à savoir que le culte aux icônes était absent des origines du Christianisme jusqu’à la fin du VIe siècle ou la fin du VIIe siècle selon la position adoptée ;
  • Un huitième article répond à l’accusation de déni de l’incarnation à l’encontre des iconoclastes ;
  • Un neuvième article parcourt les conclusions du concile de Paris (825)
  • Dans un dixième article nous avons examiné les écrits d’Agobard de Lyon.

Pour les pères qui seront examinés, en voici la liste (ceux qui présentent un lien hypertexte sont déjà publiés) : Justin Martyr, Athénagore d’Athènes, Irénée de Lyon, l’auteur des Actes de Jean, Clément d’Alexandrie, Tertullien de Carthage, Origène d’Alexandrie, Minucius Felix, Arnobe l’Ancien, Lactance de Nicomédie, Pseudo-Clément, Eusèbe de Césarée, le synode d’Elvire, Astérios d’Amasée, Épiphane de Salamine, Ambroise de Milan, Basile de Césarée, Grégoire de Nazianze, Évagre le Pontique, Macaire de Magnésie, Augustin d’Hippone, Jean Cassien, Nil du Sinaï, Zacchée le Chrétien, Hypatios d’Éphèse et Grégoire le Grand. Passons donc à Évagre. Nous vous invitons également à consulter cet article sur Augustin et les images du Père.

Ne donne pas de formes au divin dans tes pensées

Évagre le Pontique (345-399) fut un moine, l’un des plus remarquables et des plus créatifs des Pères du désert. Il reçut sa formation sous la direction de Basile le Grand ainsi que de Grégoire de Nazianze, qui l’ordonna diacre. En 381, il participa au premier concile de Constantinople1. Évagre est l’auteur de nombreux ouvrages, dont le traité Sur la prière, dans lequel il expose la conception de la « prière pure/véritable2 », selon laquelle l’esprit, pendant la prière, doit être concentré uniquement sur Dieu et purifié de toute passion et de toute représentation matérielle, y compris celles du Père, du Christ ou même des anges :

Lorsque tu pries, ne donne pas de forme au divin dans tes pensées, et ne permets pas non plus que ton esprit se modèle selon une quelconque figure, mais, en tant qu’immatériel, approche-toi de l’immatériel, et tu comprendras3.

Pendant la prière, lorsque tu désires voir le visage du Père qui est dans les cieux, ne cherche en aucune manière une forme ou une image4.

Ne désire pas voir sensiblement les images des anges, des Puissances ou du Christ, de peur que tu ne deviennes tout à fait insensé, prenant un loup pour un pasteur et adorant les démons ennemis5.

Jusqu’au XXe siècle, ce traité fut attribué à saint Nil d’Ancyre, et c’est sous ce nom qu’il entra dans la Philocalie – recueil de textes ascétiques et spirituels de la tradition orthodoxe. Aujourd’hui, il est unanimement reconnu comme étant l’œuvre d’Évagre le Pontique. Bien qu’il ait vécu longtemps avant l’iconoclasme, ses vues semblent anticiper certains aspects de la controverse ultérieure. Sur la question de l’absence de représentations pendant la prière, Jean Cassien (vers 360 – vers 435), actif dans le sud de la Gaule, partageait un avis similaire : dans ses Conférences avec les Pères, il condamne fermement le culte des images, comme nous le verrons dans un article ultérieur.


  1. « Évagre le Pontique », dans : Nouveau dictionnaire de la littérature chrétienne ancienne, dir. Marek Starowieyski, Jan Maria Szymusiak, Święty Wojciech Dom Medialny, Poznań 2018, p. 343-347. Pour ceux que la question du prétendu origénisme et de la condamnation erronée d’Évagre par les conciles ultérieurs (Constantinople III, 680-681, et Nicée II, 787) intéresse, voir : Leszek Misiarczyk, « Czy Ewagriusz z Pontu został rzeczywiście potępiony? », Vox Patrum 36 (2016) t. 65, pp. 441-459.[]
  2. Pour en savoir davantage sur la « prière pure » chez Évagre, voir l’article en polonais de Leszek Misiarczyk, « Umysł widzący swoje światło » w nauce duchowej Ewagriusza z Pontu, Verbum Vitae 29 (2016), pp. 273-295.[]
  3. Évagre le Pontique, Sur la prière 67(66), PG 79, 1181 ; en grec : Μὴ σχηματίζῃς τὸ Θεῖον ἐν ἑαυτῷ προσευχόμενος , μηδὲ πρὸς μορφήν τινα συγχωρήσῃς τυπωθῆναί σου τὸν νοῦν · ἀλλ ̓ ἄϋλος τῷ ἀΰλῳ πρόσιθι , καὶ συνίσεις.[]
  4. Évagre le Pontique, Sur la prière 114, PG 79, 1192 ; en grec : Ἐπιποθῶν ἰδεῖν τὸ πρόσωπον τοῦ Πατρὸς τοῦ ἐν οὐρανοῖς, μὴ ζήτει παντελῶς μορφὴν, ἢ σχῆμα δέχεσθαι ἐν τῷ τῆς προσευχῆς καιρῷ·.[]
  5. Évagre le Pontique, Sur la prière 115, PG 79, 1192-1193 ; en grec : Μὴ πόθει ἀγγέλους ἰδεῖν ἢ δυνάμεις ἢ Χριστὸν αἰσθητῶς ἵνα μὴ τέλεον φρενιτικὸς γένῃ λύκον ἀντὶ ποιμένος δεχόμενος καὶ προσκυνῶν τοῖς ἐχθροῖς δαίμοσιν.[]

Maxime Georgel

Maxime est médecin à Lille. Fondateur du site Parlafoi.fr, il se passionne pour la théologie systématique, l'histoire du dogme et la philosophie réaliste. Il affirme être marié à la meilleure épouse du monde. Ils vivent ensemble sur Lille avec leurs quatre enfants, sont membres de l'Église de la Trinité (trinitelille.fr) et sont moniteurs de la méthode Billings.

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